En mettant en scène son abstention, en se filmant refuser de voter dans un bureau de vote de sa commune des Pyrénées-Atlantiques, Lourdios-Ichère, Jean Lassalle espérait un coup d'éclat. Mais l'ancien candidat ruraliste s'en est finalement mordu les doigts et "demande pardon", ce jeudi 28 avril, aux habitants du village, dont les 90 bulletins ont tous été annulés mercredi par le Conseil constitutionnel à cause de cette séquence.
Ces suffrages sont loin d'être les seuls à avoir été supprimés lors du second tour par cette autorité qui s'assure du bon déroulé du scrutin : au total, 20.594 bulletins n'ont pas été comptabilisés, "en raison d’irrégularités constatées dans 48 bureaux". Soit deux fois plus qu'au premier tour, lorsque les Sages avaient annulé plus de 10.000 votes irréguliers. Un chiffre imposant, mais qui n'aurait pas pu faire basculer le résultat des urnes, puisqu'il représente en réalité 0,06 % des votants qui se sont déplacés dimanche.
Dans le cas du vote mimé par Jean Lassalle, qui s'est ravisé face à l'urne, l'autorité a invoqué le non-respect par le député des Pyrénées-Atlantiques de la période de réserve, qui courrait jusqu'au soir à 20h, mais a également estimé que ce geste était "de nature à altérer la sincérité du scrutin dans cette commune". Outre ce cas de figure, les motifs d'annulation détaillés par la décision du Conseil, publiée mercredi sur son site, sont nombreux.
Dans la Somme, le scrutin dans le village de Cizancourt s'est déroulé dans une église. Les 25 électeurs qui se sont prononcés dans la commune se sont succédé dans le confessionnal, non pas pour s'y confesser, mais pour glisser leur bulletin dans l'enveloppe... Cet isoloir improvisé, découvert par un magistrat délégué du Conseil constitutionnel, a valu à tous ces votes d'être annulés, "le déroulement du scrutin dans ce lieu de culte étant de nature à porter atteinte à la liberté et à la sincérité du scrutin", ont fait valoir les Sages.
Dans cinq autres communes, l'inspection du Conseil constitutionnel a pu constater qu'aucun membre du bureau de vote n'était présent au passage de son magistrat délégué. "Une telle irrégularité étant de nature à entraîner des erreurs et à favoriser la fraude", note l'instance dans son rapport.
Ce manquement a concerné la commune d'Audincthun, dans le Pas-de-Calais, mais aussi Besse, dans le Cantal, Grâce-Uzel, dans les Côtes-d'Armor, Montigny-sur-Loing et Meilleray, en Seine-et-Marne, soit au total 2382 suffrages annulés. Dans une dizaine d'autres villes, un seul membre du bureau était présent. Quant à une commune de Moselle, à Molring, il manquait des assesseurs et un secrétaire, et aucun isoloir n'avait été mis disposition des électeurs. Les 15 bulletins du village sont donc, eux aussi, passés à la trappe.
Alors que certains bureaux parisiens avaient dû fermer plus tard que prévu à cause de l'affluence lors du premier tour, à Guinecourt, dans le Pas-de-Calais, et à Glux-en-Glenne, dans la Nièvre, des bureaux ont baissé le rideau bien trop tôt : l'inspecteur du Conseil constitutionnel a pu constater qu'à 13h pour la première commune et à 18h pour la seconde, l'unique bureau avait déjà fermé leurs portes. Un choix "de nature à empêcher des électeurs d'exercer leur droit de suffrage", qui a mené à l'annulation en tout de 68 bulletins.
Tentative de fraude ou grave inattention ? À La Salvetat-Saint-Gilles, en Haute-Garonne, le bureau centralisateur des votes a modifié les résultats de l'un des bureaux de la commu...
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