Nous devrions pouvoir respirer sans risquer notre vie, la pandémie nous l'aura appris

Laure Dasinieres - Slate FR - 02/04
En tant qu'individus faisant société, nous pouvons exiger de respirer un air qui ne rend pas malade. En contrepartie, nous ne pouvons pas nous soustraire à un certain nombre de règles et de normes pensées pour préserver ce bien commun.

Quel est le point commun entre le climat, l'eau, l'air que nous respirons, l'odeur de la garrigue, le vent dans nos cheveux, la langue que nous parlons, nos cultures ou bien encore une blague à laquelle nous rions et qui se transmet de rieur en rieur? Il s'agit de biens communs de l'humanité. Aussi gratuits qu'ils soient, ils nous appartiennent à tous sans limitation par des frontières naturelles ou étatiques, sans discrimination de genre ou d'origine.

Si l'on se réfère à l'économiste Benjamin Coriat, ce qui les caractérise, c'est que les biens communs constituent des réservoirs de ressources matérielles ou immatérielles qui –ce qui les distingue des communs– ne «disposent pas d'une gouvernance permettant [leur] préservation ou [leur] intégrité, que cette gouvernance soit tout simplement absente ou qu'elle soit seulement défaillante».

S'il est évident que nous n'avons aucun intérêt à ce que tous les biens communs disposent d'une gouvernance, il est clair, pour autant, qu'il serait souhaitable que certains puissent jouir d'instances permettant leur préservation. C'est bien sûr le cas du climat, pour lequel on déplore notre propre laxisme et celui de nos gouvernants, mais aussi de l'air que nous respirons.

Tout ce par quoi nous pouvons coexister est à protéger

L'idée de l'existence de biens communs remonte à Aristote (350 avant J.-C.). Les Pères de l'Église vont ensuite proposer deux écoles de pensée qui impacteront fortement la Renaissance, puis les Lumières et enfin...
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