Les Red Hot Chili Peppers, c’est une longue, très longue histoire d’amitié. Le chanteur Anthony Kiedis et le bassiste Flea étaient encore des gamins lorsqu’ils se sont rencontrés sur les bancs du lycée de Fairfax à Los Angeles, au début des années 1980. Jeudi soir, c’est à quelques encablures de là que les deux fringants sexagénaires, entourés de leurs enfants, de leurs amis et de plusieurs centaines de fans qui avaient bloqué la circulation, ont dévoilé leur étoile sur le mythique Walk of Fame de Hollywood Boulevard. À leurs côtés, le solide batteur Chad Smith au sein du groupe depuis trois décennies et leur cadet le guitariste John Frusciante, de retour après dix ans d'absence pour Unlimited Love, leur nouvel album disponible aujourd’hui.
Musicalement, la discographie de ce groupe inclassable s’est toujours caractérisée par une réinvention permanente qui leur a permis de survivre à toutes les modes. En découvrant l’intro mélancolique de Black Summer, le titre d’ouverture, difficile toutefois de ne pas être renvoyé à la période Californication à la fin des années 1990, celle de la consécration mainstream. Une première écoute distraite des 17 titres qui composent Unlimited Love dégage, à vrai dire, une sensation de facilité, comme si les quatre fantastiques réunis misaient avant tout sur leur indéniable alchimie. Retrouver le producteur-gourou Rick Rubin aux manettes n’est d’ailleurs pas un hasard.
La contrepartie de cette non prise de risque, c’est le plaisir qui émane de ce disque gargantuesque, enregistré sans le moindre artifice. Dans une interview accordée à Zane Lowe pour AppleMusic, Anthony Kiedis avoue qu’il a pris du retard dans l’écriture de ses paroles, toujours aussi poétiques et mordantes, tant ses partenaires inspirés n’en finissaient plus de pondre de nouvelles chansons les unes après les autres en studio avec du groove ("Aquatic Mouth Dance"), du cool ("Poster Child"), de belles mélodies ("Not the One") et des passages plus féroces ("These are the ways"). Soutenus tout du long par le roc Chad Smith à la batterie, Flea et John Frusciante entrelacent basse et guitare avec une fluidité confondante, connectés par on ne sait quelle pensée magique.
Unlimited Love ne porte pas son titre pour rien. C’est un disque de réconfort où la joie de (sur)vivre de ses auteurs semble avoir pris le pas sur les démons du passé. "J’ai juste envie de libérer les grands singes !", lance Anthony Kiedis sur "The Great Apes" avant que ses partenaires se lancent dans une redoutable chevauchée instrumentale. Après avoir longtemps pleuré leurs vieux amis – le guitariste Hillel Slovak, leur ami acteur River Phoenix –, difficile de reprocher à ces vieux fauves du rock une certaine forme de sagesse au soir de leur incroyable carrière. Et à l’aube d’une grande tournée mondiale qui passera par le Stade de France les 8 et 9 juillet prochain, dans un contexte planétaire pour le moins tendu, c’est une recette qui ne se refuse pas.
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