Ambiance particulièrement lourde ce vendredi au 104e jour du procès des attentats du 13-Novembre, où allaient être diffusées, à la demande du président de l'association Life for Paris Arthur Dénouveaux et après l'accord de la cour, des audios de l'attaque du Bataclan et des photos prises sur la scène de crime. Si la décision de voir et d'entendre ces documents n'avait pas fait l'unanimité au sein des parties civiles, la salle est comble pour l'occasion. Sur les bancs, des parties civiles s'embrassent, d'autres s'enlacent.
Puis l'audience reprend. "Nous allons donc faire la projection de photos, et la diffusion de l'enregistrement audio. On va commencer par les extractions que j'ai effectuées à la demande de Life for Paris pour l'audio. Trois passages audios vont être reproduits : le début de l'attaque du Bataclan par les terroristes, le moment de la prise d'otages, et l'assaut final et l'évacuation des personnes à l'intérieur de la salle du Bataclan", détaille le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Jean-Louis Périès.
Il précise ensuite que "les personnes ne sont pas obligées d'assister à cette séquence", et que la webradio, qui permet aux victimes qui suivent le procès à distance, va être coupée pour l'occasion. "Je rappelle que l'usage d'appareil pour la captation est interdit et les forces de l'ordre sont là. Ça semble important que rien de ces images et sons sortent de la salle d'audience", ajoute-t-il.
Silence glacial dans la salle quand la cour commence à diffuser le premier son, extrait comme les autres, d'un enregistrement audio de deux heures trente, capté par le dictaphone d'un spectateur resté allumé pendant l'attaque. Les Eagles of Death Metal jouent le morceau Kiss the Devil. Soudain, des tirs nourris de kalachnikovs, des cris. Les coups de feu cessent, puis reprennent, en rafale, ou au coup par coup. Des cris, des râles.
Dans le deuxième extrait, on entend notamment un otage terrifié hurler aux forces de l'ordre : "ils ont des engins explosifs, ne venez surtout pas sinon ils feront tout péter".
Le président diffuse enfin la bande son de l'assaut final, avec l'évacuation des spectateurs. Dans la salle, un brouhaha, des détonations, des consignes des forces de l'ordre : "Allez, allez, allez", "Dépêchez-vous, dépêchez-vous", "Les mains en l'air". Une voix apeurée dit : "Je suis otage", une autre :" il y a mon mari, il y a mon mari". "Est-ce qu'on a des otages là ?", demande ensuite un membre des forces de l'ordre. "Non, ils sont descendus ", répond son collègue. Fin de la diffusion des audios.
Le président reprend la parole : "Nous allons maintenant voir les photos, si des personnes veulent sortir". Plusieurs parties civiles quittent la salle. Car si un bref extrait audio de l'attaque djihadiste avait déjà été diffusé à l'audience, aucune image de la tuerie ne l'a été.
La lumière de la salle s'éteint. Sur l'écran géant défilent alors une trentaine de photos. D'innombrables cavaliers jaunes qui servent de repères aux enquêteurs sur les scènes de crime sont posés sur le sol, lui-même couvert de sang, de sacs, de vêtements, et de corps. Face contre terre, sur le côté, regard vers le ciel, les victimes sont partout. Devant le bar, à l'étage. Le président : "Là, c'est la fosse, avec de très nombreux corps au sol", décrit le président. Les images se succèdent, Jean-Louis Périès commente, ému, "là des corps", "là, encore des corps". Sur les bancs des parties civiles, les larmes coulent. Une autre image apparaît "Là, les restes du corps du terroriste Foued...
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