C'était un simple signe de reconnaissance peint sur les chars russes. En quelque temps, la lettre Z est devenue un symbole de ralliement patriotique et a fleuri partout en Russie. Tandis que certains le dessinent sur leur voiture, d'autres organisent des manifestations de soutien où les participants forment un Z aux couleurs de la Russie. Des rassemblements autorisés, voire encouragés par les autorités.
Ce n'est pas le cas de tous. En Russie, les protestataires à l'invasion de l'Ukraine sont arrêtés. Le mot "guerre" est banni de la presse et des réseaux sociaux. Une toute nouvelle loi menace de 15 ans de prison tout contrevenant. Face à ce verrouillage de l'opinion, les voix dissonantes s'éteignent les unes après les autres.
"Le gouvernement, le Kremlin, Poutine a compris que la propagande doit être totale. Et c'est un succès pour le gouvernement. Beaucoup de personnes soutiennent cette opération militaire parce que c'est une opération de sauvetage. Et les gens aiment ça", regrette Alexeï Venediktov. Cet ancien professeur d'histoire était rédacteur en chef de l'Écho de Moscou, une radio russe indépendante, écoutée chaque jour par plus d'un million d'auditeurs.
Depuis le début de la guerre, la radio couvrait les événements sans se soumettre à la ligne du Kremlin. Mais le 1er mars 2022, en plein flash info, l'antenne a été coupée. Suite à une décision de justice, les journalistes doivent quitter les lieux. Un clap de fin brutal et sans appel que le rédacteur en chef voit comme un exemple des nouvelles méthodes du pouvoir.
À ce jour, il ne reste qu'un journal indépendant en Russie, mais il n'évoque plus l'Ukraine pour éviter les poursuites. Les télévisions, déjà contrôlées par l'État russe, s'alignent sur le discours officiel du Kremlin. Quant à Twitter ou Instagram, les réseaux sociaux ont été suspendus.
Face au verrouillage de l'information, certains tentent de composer. C'est le cas de Martial Laplanche. Ce Français installé à Moscou depuis huit ans préfère fermer les yeux et poursuivre son activité comme si de rien n'était. "En France, on va te dire : 'Les Russes ont bombardé des bâtiments'. Ici on va dire 'les Ukrainiens ont piégé des bâtiments'. C'est pas la même chose. Alors est-ce que ce sont les Russes qui piègent... ou on en devient fou. Le plus simple, c'est d'arrêter de regarder les informations", conseille-t-il, résolu.
Si pour l'instant, ce fabricant de rillettes assure ne pas être impacté par les premières sanctions économiques, ce n'est pas le cas d'autres commerçants de Moscou. "Je suppose que nos politiciens s'étaient préparés aux sanctions. Nous en tout cas, les gens ordinaires, on n'était pas près. On ne veut pas de ça, ça nous déplaît. Nous essayons de nous adapter, mais on en souffre", confie l'un d'entre eux. À cause de ces mesures économiques, le rouble a perdu près de la moitié de sa valeur en quelques jours. Le taux d'inflation pourrait s'élever jusqu'à 20% cette année.
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