Guerre en Ukraine : l'impossible décompte des victimes ?

LCI - 09/03
[VIDÉO] - Les camps ukrainien et russe avancent des bilans militaires très différents depuis le début de l'offensive du Kremlin. La situation extrêmement tendue sur le terrain rend difficile l'identification des victimes, dont celles civiles, et la corroboration des décomptes.
L'essentiel

Les camps ukrainien et russe avancent des bilans militaires très différents depuis le début de l'offensive du Kremlin.

La situation extrêmement tendue sur le terrain rend difficile l'identification des victimes, dont celles civiles, et la corroboration des décomptes.

"La guerre fait des centaines de morts, aussi du côté russe", avait déjà affirmé jeudi dernier le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. La veille, son homologue américain Antony Blinken s'inquiétait d'un "ahurissant" bilan humain depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, le 24 février, déplorant des "centaines sinon des milliers de civils ont été tués et blessés", mais sans plus de précisions. Si les images des combats et des villes soufflées par les bombes sont omniprésentes, le nombre de victimes du conflit semble quant à lui difficile à cerner. 

Et pour cause, outre le terrain militaire, les deux camps s'affrontent aussi sur le plan psychologique, en faisant remonter des bilans différenciés, en particulier militaires. "Les Ukrainiens ont intérêt à surestimer les pertes russes, et inversement. Quand on est en temps de guerre, la vérité est une victime. Ça vaut encore plus aujourd’hui, avec tous les réseaux sociaux utilisés", explique dans les colonnes du Parisien l’historien Jean-Yves Le Naour.

Les pertes militaires russes au cœur des interrogations

La Russie affirme ainsi dans son unique bilan officiel, publié le 2 mars, avoir fait 2870 morts du côté ukrainien, tandis qu'elle déplore 498 militaires tués et environ 1600 blessés dans ses propres rangs, parmi ses 150.000 soldats mobilisés. Des chiffres probablement sous-estimés selon l'Ukraine et des observateurs occidentaux. Sur son compte Facebook, l'État-major général des forces armées ukrainiennes assure dans son dernier bilan quotidien avoir fait plus de 12.000 victimes du côté russe. Mardi, le Pentagone américain estimait pour sa part que les pertes russes se chiffraient entre 2000 et 4000 morts en 14 jours de conflit - une projection approximative, élaborée à partir de plusieurs sources.

Si ces estimatifs sont difficiles, c'est que la Russie refuse de récupérer les corps de ses soldats morts, une problématique qui avait déjà fait surface au cours des derniers conflits dans lesquels elle s'est engagée, en Tchétchénie et en Géorgie. "Les corps ne sont pas identifiés (pas de plaque militaire) et les soldats sont déclarés disparus ou déserteurs", soulignait sur Twitter Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés postsoviétiques. Sur le front ukrainien également, "le décompte sera invérifiable". Le fléau est tel qu'une des plus anciennes ONG russes s'attèle au problème, l'Union des comités des mères de soldats de Russie. 

Les autorités ukrainiennes profitent du phénomène pour faire valoir leur propre bilan et exercer une "pression psychologique" sur la population russe selon la chercheuse, en ouvrant une plateforme pour permettre aux proches de soldats russes d'identifier ceux qui ont été tués ou capturés. Avec un double objectif : gargariser leurs propres troupes en publiant le détail des pertes ennemies, et "encourager la protestation" au sein du camp ennemi, indique-t-elle au journal canadien La Presse. Le nom du site, 200rf, n'est d'ailleurs pas anodin : c'est le...
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