Gérard Prunier, l’Afrique de l’Est comme décor d’une vie de roman

Antoine Kauffer - LePoint - 09/03
PORTRAIT. Dans son ouvrage « L’amour est plus dangereux que la mâchoire des crocodiles », l’historien de l’Afrique de l’Est partage l’incroyable orbite de sa vie.

« Tiens, vous connaissez l'Afrique de l'Est ? Parce qu'en France, le Kenya, la Somalie, le Soudan, ça n'existe pas. » Spécialiste de la Corne de l'Afrique, Gérard Prunier n'y va pas par quatre chemins. L'aventure, il l'a inscrite dans la peau – et dans la plume. Il fait paraître ce mois dans la collection « Continents noirs » de Gallimard L'amour est plusdangereux que la mâchoire des crocodiles*. Un recueil de dix nouvelles, « à 80 % autobiographiques ». Et pour cause : la vie mouvementée de Gérard Prunier semble se situer quelque part entre fiction et réalité.

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Une vie multiple

Bûcheron au Canada, enseignant en Ouganda, conducteur de camion jusqu'en Zambie, directeur de recherche du CNRS à Paris, encarté au Parti socialiste rue de Solférino tantôt membre d'une milice en Somalie, réfugié ougandais en Tanzanie, Franco-Canadien persona non grata en Éthiopie : la vie de Gérard Prunier a pour dénominateur commun la singularité. « J'ai grenouillé, j'ai survécu comme j'ai pu », lâche-t-il dans une réplique. La survie, ça le connaît. Ni le VIH contracté à la fin des années 1980 en Ouganda – on l'apprend au détour d'une nouvelle –, ni la vue de cadavres, y compris d'amis proches, n'ont entamé son engagement en faveur du continent africain. Au contraire : à l'orée de Cadavres noirs, dans la collection « Tracts » d...
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