Dans le conflit qui oppose la communauté internationale à la Russie, le poids des images a son importance. Les armes sont aussi virtuelles, à travers les réseaux sociaux et la circulation d’images sorties de leur contexte, détournées ou même antidatées, comme on a pu le constater du côté de Moscou.
Après l’annonce par Vladimir Poutine de la reconnaissance de l’indépendance des territoires séparatistes de Donetsk et de Lougansk, à l’est de l’Ukraine, des scènes de liesse ont été capturées dans la ville de Donetsk, Dans ce court extrait diffusé ensuite sur Twitter, on y voit donc des habitants sécessionnistes russes laisser exploser leur joie, sous l’œil des caméras russes.
Si cette scène s’est réellement déroulée, cela ne veut pas dire pour autant que l’opinion dans le pays est en ligne avec la position du Kremlin. En effet, la population russe n’est pas majoritairement favorable à un nouveau conflit armé avec l’Ukraine, comme le montre une étude d’opinion du Centre Levada de Moscou, publiée le 14 décembre dernier. Il y a deux mois d’ailleurs, 38% des Russes interrogés considéraient même qu’une guerre était improbable et 15% jugeaient cette éventualité totalement exclue.
Pour amener la population dans leur sens, les séparatistes russes de Donetsk publient des vidéos pour mettre en avant la violence exercée par l’Ukraine. Sur des images, qui ont été supprimées depuis des réseaux sociaux, on y voit un homme couvert d’un bandage à la tête et avec, semble-t-il, une jambe arrachée. La cause de sa blessure serait un obus ukrainien. Or, en se passant les images une à une, difficile de ne pas s'apercevoir que l’homme blessé porte déjà une prothèse à cette jambe. Comme sur la capture d’écran ci-dessous, à la 41e seconde. Une vidéo mensongère remarquée notamment par l’analyste Oliver Alexander, pour qui "la propagande atteint des niveaux fous".
De son côté, l’Ukraine n’hésite pas non plus à manipuler l’opinion en faisant circuler des images sur les réseaux sociaux qui sont sorties de leur contexte. Ainsi, des vidéos ont été publiées sur Facebook ces derniers jours en montrant une large mobilisation dans les rues de Moscou, qui se serait déroulée le 13 février en opposition à la guerre. Or, celles-ci datent de 2014, au moment du conflit en Crimée. Une opération de désinformation entreprise par des comptes ukrainiens et qui a été repérée par le site de vérification ukrainien StopFake. On peut d’ailleurs retrouver des images de cette manifestation vieille de six ans sur Twitter, comme on peut le voir ci-dessous.
En revanche, des vraies images d’une timide manifestation survenue à Moscou ont été partagées par des journalistes sur place. Celle-ci, intervenue dimanche 20 février, a donné lieu à six arrestations. Les personnes interpellées n’ont d'ailleurs pas eu le temps de déplier leur pancarte avant d’être emmenées par les policiers russes.
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