Mort d'Alan Greenspan, le maestro de l'économie digne "du bon Dieu dans un bon jour"

Par Philippe Coste (en 2001)Publié le 22/06/2026 à 15:14 - L'Express - 22/06
L'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006 est décédé à l'âge de 100 ans. En 2001, L'Express dressait le portrait du magicien de l'économie mondiale.

L'Express du 1er mars 2001

Depuis quatorze ans, le président de la Réserve fédérale américaine passe pour le magicien de l'économie mondiale. Alors qu'outre-Atlantique un ralentissement de la croissance se fait sentir, sera-t-il à la hauteur de sa réputation ?

Ce 5 août 1970, Alan Greenspan n'est encore ni demi-dieu ni président de la Réserve fédérale américaine. Juste un consultant en économie, planté sur un trottoir de Wall Street au milieu de centaines d'employés évacués de leur immeuble par les pompiers. De la rue, il compte les fenêtres à partir du rez-de-chaussée, 30, 31, 32... pour arriver à une conclusion objective et désolante : les flammes infernales émanent bien du 33e étage, en partie occupé par les bureaux de son entreprise Townsend-Greenspan Inc, là où, dix minutes plus tôt, il a abandonné des milliers de pages de prévisions économiques. Sa collaboratrice, Kathryn Eickhoff, entrevoit déjà les cendres de plusieurs mois de labeur. Alan Greenspan, plissant les yeux derrière ses lunettes loupes, se tourne alors vers elle : "Ne t'en fais pas, Kathy, nous n'avons rien perdu." Il se touche la tempe de l'index : "Tout est là."

S'il a inspiré le film La Tour infernale, l'incendie n'a pas touché le bureau de Greenspan. Pourtant, trente et un ans plus tard, c'était bien vrai, "tout est là" dans les méninges du grand maître des taux d'intérêt américain, gardien du premier système bancaire de la planète.

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Mais quoi, au juste ? Les commentaires haletants des chaînes financières, des milliers d'articles dans les pages Business, deux biographies récentes, Maestro, du célèbre Bob Woodward, et L'Homme derrière l'argent, de Justin Martin, voient dans ce cerveau un immense signe dollar planté comme la clef de sol d'une mélodie du bonheur. Docteur en économie doublé d'un musicien professionnel, Alan Greenspan serait le maître d'orchestre de dix années de croissance, masquées par un chômage infime, des profits records et une inflation nulle. Face au ralentissement qui frappe les Etats-Unis, le maestro saura-t-il, une fois de plus, jouer la bonne partition ?

Alan Greenspan, gardien du premier système bancaire de la planète pendant près de vingt ans, en couverture de L'Express international du 1er mars 2001.

© / L'Express

En quatorze ans de règne, sa surveillance des banques et son ascendant sur les golden boys du New York Stock Exchange ont garanti la sérénité mondiale. Un banquier l'a comparé au "bon Dieu dans un bon jour". En 1996, au cours de l'un de ses disc...
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