La voilà donc votre fin, messieurs du Pouvoir Masculin : nue, sidérée, honteuse et pleine d’un sentiment d’irréalité. Comme toutes ces femmes et ces fillettes, ces personnes humaines qui n’étaient pour vous que viande et entités abstraites destinées à assouvir ce besoin ontologique, perpétuel, à jamais inassouvi : la domination.
Elles étaient dénudées de force, sidérées, honteuses et dissociées de la réalité lorsque, enfantes ou adultes, parentes ou fans, élèves ou collègues, amantes ou épouses, amies ou camardes, elles ont nié dans un premier temps la vérité de ce qu’il leur arrivait, encore confiantes en vous, en votre statut, votre charme ou votre probité reconnue de tous.
Ce n’est qu’en voyant ce regard, cette lueur carnassière et ce givre féroce recouvrant vos rétines qu’elles comprennent enfin. Elles assistent à une métamorphose, une transmutation des mondes : tous les contours s’effritent, la lumière devient grise, la vision se brouille et le corps est tétanisé. La vie tout entière perd ses couleurs et la terre sa gravité. À mesure que les muscles s’atrophient, que la bouche s’assèche et que la voix s’éteint, les vôtres redoublent de puissance, de bave et d’odieux chuchotements.
Ici, dans ce moment « divin » de suprématie absolue, vous êtes dans votre élément, pleinement conscients de cet orgasme inégalable que vous avez imaginé, fantasmé, goûté virtuellement quand vous regardiez cette femme, quelques heures auparavant, discutant « innocemment » avec elle, jouant à la perfection votre rôle d’homme séduisant, élégant, voire désintéressé !
Vous avez tourné cette scène dans votre esprit, savouré par anticipation la future extase de la domination, alors qu’elle parlait avec vous de littérature, de musique, de travail, encore vêtue, encore vivante… Mais à vos yeux déjà déshabillée, déjà inerte, corps asservi en devenir, érotisme et érosion à...
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