Le monde de la culture doit redevenir une force avec laquelle il faut compter - L'Humanité

Humanite - 14/06
À l’heure des coupes budgétaires et des replis identitaires, le metteur en scène Kheireddine Lardjam appelle le monde de la culture à sortir de la seule réaction pour redevenir une f...

Depuis plusieurs mois, le monde de la culture signe. Il signe des tribunes. Il signe des lettres ouvertes. Il signe des pétitions. Il signe des appels. Il signe des communiqués. Il signe des textes d’alerte. Il signe des textes d’indignation. Il signe des textes de soutien. Et pendant que nous signons, les budgets tombent. Pendant que nous signons, des saisons sont annulées. Pendant que nous signons, des compagnies disparaissent. Pendant que nous signons, des lieux ferment. Pendant que nous signons, des artistes quittent leur métier. Pendant que nous signons, la réalité avance plus vite que nos déclarations.

Il ne s’agit pas de nier l’utilité de ces textes. Ils témoignent. Ils alertent. Ils constituent une mémoire indispensable de ce qui est en train de se produire. Ils empêchent le silence total. Mais il faut regarder la situation en face : nous sommes devenus les spécialistes de la réaction. Chaque nouvelle coupe budgétaire produit sa tribune. Chaque fermeture produit sa pétition. Chaque attaque produit son communiqué. Chaque catastrophe produit son texte.

On ne construit pas un mouvement en additionnant des indignations.

Et chaque texte arrive après la catastrophe. Nous réagissons. Nous commentons. Nous dénonçons. Nous attestons. Nous expliquons. Le service public de la culture n’a pas été fragilisé en une nuit. Les signaux étaient là. Les alertes existaient. Les fragilités étaient identifiées. Les offensives étaient visibles. Mais concrètement, quelle est notre action ? La crise actuelle révèle une faiblesse plus profonde : notre incapacité collective à construire une puissance politique à la hauteur de ce que nous prétendons défendre.

On ne construit pas un mouvement en additionnant des indignations. Alors oui, il faut continuer à témoigner. Il faut continuer à dire ce qui se passe. Mais nous ne pouvons plus croire que la multiplication des pétitions constitue une réponse suffisante. Le temps de l’alerte touche à sa limite. Nous savons. Les chiffres sont connus. Les conséquences sont visibles. Les dégâts sont identifiés. Les responsables sont nommés.

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La question n’est plus : « Comment alerter davantage ? » La question est : « Que faisons-nous maintenant ? » Comment redevenir une force avec laquelle il faut compter. L’histoire ne retient pas ceux qui avaient simplement raison. Elle retient ceux qui ont transformé leur lucidité en puissance collective. Le monde de la culture a suffisamment décrit le danger. Il a suffisamment analysé le désastre. Il a suffisamment signé.

La tâche qui s’ouvre devant lui est d’une autre nature. Il lui faut désormais passer de l’attestation à l’action. Du constat à l’organisation. De l’inquiétude au rapport de force. Car il existe toujours un moment où signer ne suffit plus. Et ce moment, peut-être, est déjà derrière nous.

Transformer les institutions ...
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