Il vient d'un pays où il ne neige pas. Rien le prédestinait à glisser sur les pistes enneigées. Ses premières années, Richardson Viano les passe à Haïti, un petit pays caribéen au climat tropical, qui n'a que rarement vu tomber l'or blanc. Abandonné, il grandit dans un orphelinat de Port-au-Prince. En décembre 2005, Andrea et Silvia, un couple franco-italien, installé dans les Hautes-Alpes, l'adoptent. Il a 3 ans, lorsqu'il va vivre son premier choc culturel. "Ça faisait à peine deux semaines que j'étais en France, quand mon père, guide de haute montagne, m'a mis sur des skis. J'ai tout de suite accroché avec la sensation de vitesse. C'est comme ça que ma passion pour le ski est née", raconte-t-il à TF1info, sans s'imaginer, à l'époque, ce que l'avenir lui réserve.
"À l'âge de 5-6 ans, j'ai intégré le ski-club de Puy-Saint-Vincent, au pays des Écrins. À partir de ce moment-là, je me suis toujours entraîné, j'ai toujours skié", explique le jeune homme, à l'autre bout du fil. Adolescent, il intègre à la fin du collège le pôle Espoirs de Briançon et le comité de ski Alpes-Provence. Un parcours naturel qu'il suit en parallèle de sa scolarité.
Je pensais arrêter le ski pour de bon
Richardson Viano, premier skieur haïtien de l'histoire des JO
Mais il comprend vite que, malgré ses efforts, il lui sera impossible de percer au haut niveau en France. "Je ne suis pas quelqu'un de doué dans le ski, j'ai toujours eu un peu plus de difficultés à sentir la piste que mes camarades. J'ai toujours dû travailler davantage pour être au niveau", avoue-t-il. "Même si quelques entraîneurs ont toujours été gentils, aucun ne me montrait de l'intérêt ni ne croyait vraiment en moi. Il y avait peu de places et beaucoup trop d'élus." Durant la saison 2018-2019, alors que son rêve d'intégrer l'équipe de France s'éloigne et que sa confiance s'étiole, le lycéen pense à ranger ses skis. "Je n'avais pas les résultats que j'espérais. C'était vraiment compliqué. Je pensais arrêter le ski pour de bon", confirme-t-il.
Jusqu'à ce qu'un coup de téléphone vienne tout changer. Un jour, Richardson Viano reçoit un appel "à l'improviste" de Jean-Pierre Roy, le président de la Fédération haïtienne de ski. Celui qui a été, pendant longtemps, le seul licencié lui propose de skier pour "la perle des Antilles". "J'ai cru que c'était une blague. Je n'avais jamais entendu parler de cette Fédération. Jean-Pierre ne s'était presque pas présenté, il ne m'avait même pas donné son nom", se souvient-il. "Je me rappelle qu'il m'a dit : 'Bonjour, je suis le président de la Fédération haïtienne. Ça te dirait de skier pour Haïti, de disputer les Championnats du monde et les Jeux olympiques ?'. Ça me semblait un peu louche, alors je lui ai donné le numéro de ma mère pour qu'ils s'appellent. Après avoir raccroché, je suis allé faire des recherches sur Internet. J'ai découvert que la Fédération avait été créée à l'automne 2010", peu de temps après le tremblement de terre du 12 janvier, qui a fait presque 300.000 morts.
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Alors qu'il envisageait encore une retraite anticipée, le matin même, l'appel de Jean-Pierre Roy, alias "Rasta Piquet", en référence aux "Rasta Rockets" de l'équipe jamaïcaine de bobsleigh, agit comme un déclic : son avenir est sur des skis. "Ça n'a pas tenu à grand-chose. Il aurait suffi qu'il ne trouve pas mon numéro ou qu'il le trouve plus tard quand j'avais déjà pris ma décision d'arrêter. C'est arrivé au moment opportun. Sans ce coup de fil, tout aurait été très différent pour moi", reconnaît-il. Après avoir pesé le pour et le contre, à tête reposée, il accepte finalement de relever ce challenge sans commune mesure.
Le nouveau départ qu'il me fallait
Richardson Viano, premier skieur haïtien de l'histoire des JO
"Au tout début, je ne savais pas trop à quoi m'attendre, parce qu'il y a moins de moyens qu'en France. Je craignais que cela soit moins sérieux que ce que j'aurais voulu. Mes doutes se sont vite dissipés. On m'a tranquillisé, en m'expliquant que je n'avais pas une obligation de résultats pour me maintenir dans l'équipe. Je n'avais qu'à à skier et à m'entraîner, sans me soucier du reste...
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