Sur les traces de communautés juives en Arabie

JournalCNRS - 10/06
La découverte d’un village jusqu’alors inconnu dans une région d’Arabie saoudite que l’on ne croyait guère peuplée durant l’Antiquité tardive révèle la présence de communautés juives sédentaires à la veille de l’Islam. Éclairages avec l’archéologue Jérôme Rohmer.

Dans quel contexte s’inscrivent les récentes découvertes à Dadan, cité antique en Arabie saoudite ?

Jérôme Rohmer1 Repéré depuis la fin du XIXe siècle par les premiers explorateurs européens de la zone, et d’abord par l’Anglais Charles Doughty, Dadan constitue l’un des plus importants sites oasiens de l’Arabie du Nord-Ouest. Autour de 1910, les voyageurs Antonin Jaussen et Raphaël Savignac, pères dominicains de l’École biblique de Jérusalem, remarquent à leur tour, lors d’une mission archéologique, l’ampleur de ces vestiges et le grand nombre d’inscriptions rupestres qui l’entourent.

En étudiant ces inscriptions (dont la grande majorité relève d’un alphabet et d’une langue propres à l’oasis, le dadanitique), ils démontrent que le site correspond à une oasis luxuriante évoquée dans l’Ancien Testament sous le nom de Dadan et présentée comme l’une des principales cités caravanières de l’Arabie.

On en trouve aussi mention dans les inscriptions et les chroniques de Nabonide, dernier roi de Babylone (556-539 av. J.-C.). Dans le récit de sa conquête de l’Arabie du Nord-Ouest, celui-ci évoque sa rencontre avec un « roi de Dadan », confirmant l’existence d’un royaume oasien centré sur le site à cette époque. Plus tard, dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, émergera à Dadan un royaume tribal plus vaste, Lihyan, qui étendra sa domination sur d’autres oasis et qui est mentionné chez les géographes grecs et latins. 

Le site, identifié depuis plus d’un siècle, n’a pas fait l’objet de fouilles avant le début des années 2000, à la faveur d’un renouveau de l’activité archéologique en Arabie saoudite, en particulier dans la région d’Al-Ula. Alors qu’une mission franco-saoudienne copilotée par le CNRS commençait l’exploration du site nabatéen de Hégra, dont les belles façades de tombes nabatéennes rappellent Petra, en Jordanie, une mission saoudienne de l’Université de Riyad (KSU) lançait, en 2004, les premières fouilles à Dadan.

Les fouilles se sont concentrées sur le bâtime...
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