Dimanche 3 mai, dans le quartier Al-Kafaat, au cœur du fief chiite de la banlieue sud de Beyrouth. Des blindés des Forces armées libanaises (les Fal) interrompent la foule en noir, drapeaux jaunes du Hezbollah à la main, qui entoure des cercueils de « martyrs de la résistance» tués dans un bombardement israélien. Les militaires ont reçu l’ordre de faire cesser les tirs de kalachnikov et de roquettes, une démonstration de force autant rituelle que politique imposée au fil du temps dans l’espace public par la milice chiite. Dès le lendemain, l’opération des Fal occupe la une de tous les médias.
Pour tous les Libanais, c’est un miniséisme politique. Les plus anciens se rappellent à quand remonte la dernière tentative de ce type et comment elle avait abouti à une humiliation de l’État. Un beau matin de mai 2008, le Hezbollah en armes avait investi les rues de la capitale pour marquer son opposition à la décision gouvernementale de neutraliser son réseau privé de télécommunications et de renvoyer le directeur, à sa botte, de la sûreté de l’aéroport. L’intervention des Fal avait été un fiasco. Des officiers avaient été traînés en justice. L’exécutif était revenu sur ses décisions. Par peur du clash…
C’est au début du mois de mars dernier, en raison de la reprise de la guerre dans le Sud, que le ton de l’exécutif libanais vis-à-vis du Hezbollah change « radicalement », dit-on à Beyrouth. Le gouvernement déclare sa branche armée « illégale » et le Grand Beyrouth, « ville sans armes ». Pour la première fois depuis l’apparition de la milice au pays du Cèdre, au début des années 1980, l’État libanais ose défier publiquement cet « État dans l’État ». Il était urgent de calmer l’impatience du parrain américain. Washington a tordu le bras d’Israël pour obtenir la première trêve du 27 novembre 2024 au Sud-Liban.
Au moins un tiers des chiites, selon le docteur Fouad Abou Nader, une personnalité respectée du camp chrétien, et davantage, selon d’autres sources, lui reproche sa guerre sans fin contre Israël, à laquelle cette communauté paye le plus lourd tribu....
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