IBM Think 2026 : passer des copilotes à l’IA qui fait tourner l’entreprise

Thierry Derouet - ITForBusiness - 06/05
Données temps réel, agents gouvernés, cloud hybride, mainframe et souveraineté : IBM défend une vision très opérationnelle de l’IA.

À Think 2026, IBM ne promet pas de gagner la guerre du meilleur modèle d’IA. Big Blue défend une autre bataille, moins spectaculaire mais plus décisive pour les DSI : celle de l’industrialisation. Données temps réel, orchestration d’agents, sécurité applicative, mainframe, cloud hybride et souveraineté : IBM veut devenir le chef d’orchestre de l’IA d’entreprise.

Il y a dans le discours d’IBM une forme de retour au réel. Dans une industrie qui s’épuise parfois à comparer les modèles comme on comparerait des moteurs de Formule 1, Arvind Krishna, le CEO d’IBM, ramène l’IA dans l’atelier. Pas dans la démonstration. Pas dans le chatbot. Dans les processus, les données, les infrastructures, les vieux systèmes, les contraintes de conformité et les organisations qui ne se réécrivent pas d’un clic.

À l’occasion de Think 2026, le CEO d’IBM et Rob Thomas, Senior Vice President Software et Chief Commercial Officer, ont défendu une thèse simple : l’IA d’entreprise sort de l’âge des pilotes pour entrer dans celui de l’exploitation à grande échelle. « L’IA est bien une affaire de productivité », résume Arvind Krishna. Mais, selon lui, le sujet ne s’arrête pas à l’efficacité opérationnelle. Les entreprises qui réussiront devront transformer ces gains en nouveaux revenus et en nouveaux modèles économiques.

La phrase centrale du briefing est peut-être ailleurs : « Il faut agir là où se trouvent les données. Or plus de 70 % des données restent encore dans l’entreprise, dans des systèmes centraux et essentiels pour elle. » C’est là que se loge la différence IBM. Là où d’autres acteurs partent du cloud, du modèle ou de l’interface, Big Blue part du SI réel. Celui qui contient encore le mainframe, les applications critiques historiques et actuelles, les données réglementées, les environnements hybrides, les processus qu’il faut automatiser sans les casser.

L’IA ne sera pas une collection de copilotes

IBM appelle cela un « modèle opérationnel de l’IA ». La formule pourrait sembler sortie d’un manuel de consultant. Elle traduit pourtant une intuition juste : l’IA d’entreprise ne pourra pas être administrée comme une succession de copilotes posés sur les métiers. Elle devra être exploitée comme un système critique. Un discours qui fait écho aux derniers conseils du Gartner pour contrôler la prolifération agentique et au CIO Compass de Sopra Steria Next sur la fin de la GenAI Spectacle.

Rob Thomas utilise une image éclairante. L’électricité, rappelle-t-il, a d’abord apporté l’ampoule dans les usines. C’était utile. Cela améliorait la sécurité. Cela permettait de travailler autrement. Mais la vraie rupture est venue plus tard, lorsque l’électricité a alimenté les moteurs et rendu possible la chaîne de montage. « Aujourd’hui, beaucoup d’usages de l’IA en entreprise relèvent encore de l’ampoule : résumés d’e-mails, création de documents, préparation de réunions. C’est utile, mais cela ne redéfinit pas réellement la manière dont l’entreprise fonctionne. »

Cette analogie donne la clé de lecture de Think 2026. IBM ne veut plus parler seulement d’outils d’assistance. Il veut parler d’IA appliquée aux processus de bout en bout : achats, ressources humaines, comptes fournisseurs, conformité, développement logiciel, remédiation de vulnérabilités, exploitation des infrastructures hybrides. En clair, l’IA qui cesse d’éclairer le poste de travail pour entrer dans la mécani...
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