Rare cinéaste du continent à collectionner les prix à Cannes, Venise et à bénéficier de la reconnaissance des cinéphiles à l'international, Mahamat Saleh-Haroun compte parmi les grands du 7e art africain. Tabou, sensible, militant, son neuvième long-métrage, « Lingui, les liens sacrés », dans les salles depuis le 8 décembre 2021, suit la course d'une mère obstinée, décidée à aider sa fille à se faire avorter illégalement dans les venelles sombres de N'Djaména. Après avoir signé le roman « Djibril ou les ombres portées" en 2017, il crée la surprise avec un second roman « Les culs-reptiles » (éd. Gallimard) publié le 13 janvier dernier. Ce conte moral, aux allures de satire faisant écho à la situation politique du Tchad, est librement inspiré de l'histoire du nageur Eric Moussambani, qui a connu une célébrité éphémère lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000.
Début de soirée pluvieux dans un cinéma parisien. Le silence qui suit la projection de « Lingui, les liens sacrés » tourné au Sahel est tangible. Le cinéaste prend le temps de répondre aux questions des spectateurs. Né à Abéché en 1960, ancien journaliste, il vit et travaille en France depuis 1982. Oscillant entre réalisme et esthétisme, maîtrisant le documentaire ou la fiction, Mahamat Saleh-Haroun humanise les marginaux.
Après cinq long-métrages à son actif, en 2010, « Un Homme qui crie » est récompensé par le Prix du jury au Festival de Cannes et la Mostra de Venise le couronne du Prix Robert Bresson. Déjà, en 2006, « Daratt, saison sèche » y avait reçu le Prix spécial du jury et en 1999, « Bye Bye Africa », son premier film avait été distingué par la Mention spéciale du jury. Entier, discret, Mahamat Saleh-Haroun séduit le public, la profession et la critique par sa personnalité et ses choix artistiques assumés. Ce qui lui vaut d'être choisi comme membre du jury au Festival de Cannes en 2011 aux côtés de Quentin Tarentino ou encore feu Abbas Kiarostami. Surprise : la même année, suite à sa récompense cannoise et les éloges dithyrambiques des médias, les autorités tchadiennes décident de procéder à la réfection du cinéma le Normandie, créé en 1949 et fermé depuis les années 80 du fait de la guerre civile.
En 2017, il pose sa caméra dans l'Hexagone et signe « Une saison en France » avec Erik Ebouaney et Sandrine Bonnaire, retraçant le quotidien de migrants aux prises avec l'adversité. S'il a longtemps refusé d'aborder son expérience d'ancien ministre de la Culture et du Tourisme au Tchad, poste qu'il a occupé un an et dont il a démissionné en février 2017, il l'évoque aujourd'hui en toute liberté. Résistant, il est à l'image de certains personnages butés ...
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