L’une des métaphores informatiques les plus persistantes et, en même temps, les plus trompeuses de notre époque est la métaphore du « cloud ». On parle du cloud computing comme s’il s’agissait de quelque chose de léger, presque vaporeux, détaché du monde physique. Les données « circulent », les modèles « exécutent », les systèmes « apprennent ». Tout semble se passer dans un espace abstrait et immatériel, mais le « cloud » n’est pas un nuage : c’est, entre autres, principalement du silicium, du cuivre, de l’aluminium, des plastiques, des résines, des câbles, de l’acier, de la consommation d’énergie et, surtout, c’est de la puissance, beaucoup de puissance.
Il existe une tendance à considérer l’intelligence artificielle comme une nouvelle capacité émergeant de la combinaison de données et d’algorithmes, mais cette vision, même si elle n’est pas fausse, est incomplète. L’IA est aussi une question d’infrastructure, et les infrastructures ne sont jamais neutres. Elles sont toujours inscrites dans un lieu physique, elles nécessitent toujours des ressources, elles ont toujours des conséquences matérielles.
L’IA se matérialise dans les datacenters actuels et dans les futures giga-usines qui occupent des territoires de plus en plus vastes, dans des zones sélectionnées selon des critères mêlant géopolitique,...
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