Témoignage d’un survivant du génocide rwandais

GEO - 28/03
Maître rwandais en arts martiaux, ce Tutsi a tenté d’organiser la résistance en avril 1994 pendant que les siens se faisaient massacrer par les Hutus. Aujourd’hui âgé de 65 ans, il raconte à GEO Histoire son destin hors du commun.

Le génocide a commencé par une sinistre chanson : Tuye gukora ("Allez, au boulot"). À l’aube du 13 avril 1994, c’est le refrain qu’entendent les villageois postés sur le pont de la rivière Mwogo, dans le sud-ouest du Rwanda. Tharcisse Sinzi, 34 ans à l’époque, l’un des deux seuls karatékas ceinture noire du pays, a regroupé autour de lui une centaine d’hommes, en position de défense. L’angoisse monte dans leurs rangs. C’est alors qu’une bande d’Interahamwe, des miliciens hutus nationalistes, apparaît à l’horizon, machette en main.

Depuis la semaine précédente, quand, le 6 avril, le président rwandais Juvénal Habyarimana, d’origine hutue, a succombé à un attentat attribué aux maquisards du Front patriotique rwandais, tutsi, des cortèges de Hutus sèment la mort à travers le pays. Le cauchemar ne fait que commencer : entre avril et juillet, cette année-là, 800 000 individus, principalement des Tutsis, mais aussi des Hutus pacifiques, seront exterminés. Entre 250 000 et 500 000 femmes tutsies seront victimes de violences sexuelles.

Pourquoi le conflit entre Tutsis et Hutus a pris une telle ampleur ?

La haine des Hutus, majoritaires dans le pays, à l’encontre des Tutsis, perçus comme injustement favorisés par les régimes successifs (...
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