Si en parcourant la campagne irlandaise, vous entendez une langue à la fois fluide, gutturale et chantante, où les phrases coulent en cascade, impossible de s’y tromper : c’est du gaélique irlandais. Cette langue ne claque pas comme l’allemand, ne roule pas comme l’italien et ne tranche pas comme le français. Elle enveloppe, ondule et respire. Vieux de deux millénaires, ce parler est un chant narratif hérité de la poésie orale, une mélodie à la fois âpre et envoûtante. Parler la langue est une chose, l’écrire en est une autre. Ainsi, la jeune Ruth Tynan, par exemple, s’appelle, en irlandais, Rút Ní Theimhneáin. Cette trentenaire travaille dans le numérique. Elle n’avait que 6 ans quand sa famille s’est installée ici, à Ráth Chairn, une enclave gaélique située à une heure de route au nord-ouest de Dublin.
Naissance d’un village
L’histoire du lieu tient de l’épopée : en 1935, le gouvernement avait décidé de revitaliser la langue en déplaçant des populations de l’Ouest vers les terres fertiles de l’Est. Onze premières familles quittèrent alors le Connemara, emportant leur vie sur des bicyclettes ou dans des charrettes. Contre un loyer symbolique de dix shillings par semaine, chacune reçut 22 acres de terre (environ 9 hectares) et une maison. Seules conditions imposées par l’État : les candidats devaient être irlandophones de naissance et savoir cul...
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