La grande chambre de la Cour de cassation est l’un des endroits les plus majestueux du vieux palais de justice de Paris. L’impressionnante peinture qui constitue le décor central du plafond est à la gloire de la justice et un hommage à la Loi. Tout ici n’est que dorures. Dans cette salle, se tiennent les assemblées plénières et les audiences solennelles en présence du président de la République ou du Premier ministre. L’atmosphère est feutrée, aseptisée. Loin du bruit de la ville. Loin de la noirceur du dossier sur laquelle la justice se penche ce jour-là.
Nous sommes le 2 février 2009. Vincent Lamanda, le premier président de la Cour de cassation, personnage austère par excellence, fait son entrée avec les 10 membres, principalement des magistrats, de la formation disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature(CSM). L’homme, qu’ils ont en face d’eux, incarne la catastrophe judiciaire de l’affaire dite d’Outreau. Inconnu 9 ans plus tôt, Fabrice Burgaud doit répondre de nombreux griefs alors qu’il en était le magistrat instructeur à Boulognesur-Mer.
Arrivé escorté par une nuée de photographes et de cameramen, Fabrice Burgaud a conservé son visage juvénile. Habillé d’un costume sombre, de circonstance, il a le teint blême, les traits tendus, plutôt mal à l’aise. Il est assisté de 2 avocats, Mes Patrick Maisonneuve et Jean-Yves Dupeux, et d’un magistrat qui le soutient depuis le début, Jean-Yves Monfort. L’épouse de l’ancien juge d’instruction, également magistrat, a pris place quelques mètres derrière lui.
Âgé de 37 ans, Fabrice Burgaud est, depuis 2002, substitut au parquet de Paris. Affecté dans un premier temps au traitement de la délinquance, puis à la section antiterroriste, il est chargé de l’exécution des peines. Il est bien noté par son supérieur hiérarchique, Jean-Claude Marin, qui envisage de le promouvoir. Ses collègues le dépeignent « appliqué, travailleur » mais « froid, peu communicatif ».
Fabrice Burgaud n’est pas le premier magistrat à comparaître devant cette juridiction disciplinaire. Mais cette audience, qui est un procès qui ne veut pas dire son nom, présente un caractère tout particulier. Le nom du magistrat est accolé à jamais à des qualificatifs peu glorieux : désastre, catastrophe, cataclysme, naufrage, fiasco, chaos, faillite totale, engrenage infernal.
Tout commence 8 ans plus tôt.
C’est une simple dépêche de l’AFP qui déclenche la furie médiatique de ce qui deviendra un “Tchernobyl judiciaire”. Titrée ...
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