Capture d'écran de l'interview de Gisèle Pelicot sur la chaîne YouTube de la série TV La Grande Librairie.
La Française Gisèle Pelicot est devenue un symbole international de courage après avoir dénoncé sans crainte que son désormais ex-mari l'ait soumise à d'innombrables viols alors qu'il était inconscient au cours de leurs 50 ans de mariage. Après la conclusion du procès pénal très médiatisé contre son ex-mari, Pelicot a publié ses mémoires, « Un hymne à la vie : la honte doit changer de côté », le 17 février 2026. Le livre documente son expérience et est devenu international. Les traductions de son livre et diverses interviews dans les médias internationaux ont fait d’elle une icône de la résilience des femmes face aux pires formes de violences sexuelles.
L’affaire du viol Pelicot, également connue en France sous le nom de procès pour viol Mazan, du nom d’un village du sud-est de la France où vivait la famille Pelicot, a débuté en 2020 à la suite de la convocation du mari de Gisèle Pelicot, Dominique, au commissariat local pour avoir prétendument pris des photos indécentes de femmes en public sans leur consentement. Les enquêteurs ont ensuite découvert que de 2011 à 2020, Dominique Pelicot avait administré un sédatif chimique à sa femme afin que lui et au moins 50 autres hommes, âgés de 21 à 68 ans, puissent la violer et filmer l'incident, concluant ainsi l'enquête.
Dans de tels cas, il est possible de demander un procès à huis clos pour protéger l’anonymat des victimes. Mais contrairement aux usages, Gisèle Pelicot a décidé de renoncer à son anonymat pour alerter la société française dans son ensemble sur l'ampleur des violences sexuelles et mettre en lumière les conséquences d'une masculinité toxique.
Elle a expliqué cette décision dans cette interview à Radio France :
J'ai traversé la honte au moment de la révélation des faits, c'est-à-dire le 2 novembre 2020, quand je me suis rendu compte de toute l'horreur qu'on m'avait fait subir. J'ai mis du temps […] il m'a fallu quatre ans. Je me suis dit qu'il fallait penser à toutes les victimes de violations qui n'osent pas s'opposer au huis clos parce qu'elles ont cette honte, qui pour nous est une double peine, une souffrance que nous nous infligeons. Je n'imaginais pas que ma parole trouverait un écho aussi large, y comprenant au-delà de nos frontières.
J’ai eu honte lorsque les incidents ont éclaté au grand jour le 2 novembre 2020, lorsque j’ai pris conscience pour la première fois de toutes les horreurs que j’avais vécues. Cela m'a pris du temps. Cela m'a pris quatre ans. Je me suis dit qu’il fallait penser à toutes les victimes de viol, qui n’osent pas refuser par honte un procès à huis clos, ce qui est pour nous une double épreuve, une souffrance que nous nous infligeons. Je n’aurais jamais imaginé que ma voix résonnerait aussi largement, y compris au-delà de nos frontières.
En France, une femme est victime d'un viol ou d'une tentative de viol toutes les deux minutes et demie, un chiffre probablement sous-estimé, car de nombreuses victimes ne dénoncent pas ces délits, souvent commis par des proches.
En octobre 2025, le Parlement et le Sénat français ont ratifié un amendement à la loi définissant le viol, ajoutant la notion de non-consentement de toute victime d'agression sexuelle. L'article 222-22 du Code pénal précise désormais :
Constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur […].
Tout acte sexuel non consensuel commis sur une autre personne ou sur son auteur constitue une agression sexuelle […].
Le procès pour viol de Mazan a ébranlé la société française et s’est officiellement terminé en décembre 2024 avec la condamnation de tous les accusés. Elle a eu une influence indélébile sur le changement de définition du viol dans le Code pénal de 2025.
Le 14 juillet 2025, l'État français nomme Gisèle Pelicot chevalier de la Légion d'honneur.
En décidant de parler publiquement des horreurs auxquelles elle a été confrontée, Gisèle Pelicot a ouvert un débat mondial en 2020. Elle est non seulement immédiatement reconnue comme un symbole des violences contre les femmes et de l'impunité des hommes qui commettent de tels actes de violence, y compris dans les sociétés libérales qui protègent l'égalité des sexes par la loi, mais aussi comme une source d'inspiration dans le discours social et politique.
Le 17 février 2026, à l'issue de son procès, Gisèle rend public son mémoire qu'elle a co-écrit avec la journaliste Judith Perrignon. Elle a d'abord présenté son livre dans l'émission littéraire La Grande Librairie diffusée en prime time sur une chaîne publique le 11 février 2026, attirant plus d'un demi-million de téléspectateurs. Dans cet entretien de près de 50 minutes, elle a réaffirmé son message principal : la honte doit changer de camp, c'est-à-dire que ce ne doivent plus être les victimes qui ont honte de dénoncer une agression sexuelle, mais celles qui la commettent :
Capture d'écran de l'émission TV La Grande Librairie sur la chaîne YouTube de La Grande Librairie, avec Gisèle Pelicot à gauche et Judith Perrignon à droite.
Elle raconte que, malgré quelques soupçons, plusieurs visites chez le médecin n’ont pas révélé qu’elle était droguée. Elle souligne qu’elle refuse d’être une « victime brisée », que le soutien de milliers de femmes l’a aidée et qu’elle reconstruit sa vie à 73 ans. Comme le disait l’historienne féministe française Michelle Perrot dans la même émission, « Gisèle Pelicot est inspirante ».
Bien qu'il s'agisse de sa première interview depuis le début des procès, elle a depuis été interviewée par des journalistes et des médias du monde entier. D'El País au New York Times, de la BBC à Vogue Magazine et Der Spiegel, son livre sera publié en 22 langues, confirmant ainsi son statut d'icône féministe mondiale. Son image est déjà présente dans diverses expositions et œuvres d'art engagées, comme cette fresque murale de l'artiste Maca :
Voir cette publication sur Instagram