C'est un document qui était très attendu par toutes les familles dont les enfants sont touchés par un trouble du spectre de l'autisme. Treize ans après ses premières recommandations, la Haute Autorité de santé vient de mettre à jour ses préconisations pour la bonne prise en charge de ce handicap. Avec une nouveauté majeure : l'affirmation claire que la psychanalyse et les thérapies inspirées par les théories de Freud ne sont pas recommandées pour ces patients, faute de preuves scientifiques permettant d'en étayer l'efficacité.
En 2012, il n'avait pas été possible d'aller jusque-là, et les experts de l'époque s'étaient contentés de noter que cette pratique était "non consensuelle". La question est en effet d'une extrême sensibilité dans notre pays, car sur le terrain, une large part des psychologues et des psychiatres spécialisés dans la prise en charge des enfants et des adolescents ont été formés à la psychanalyse, et revendiquent encore cette pratique.
Cette nouvelle recommandation sera-t-elle davantage acceptée qu'il y a treize ans, ou les autorités sanitaires devront-elles encore une fois faire face à une fronde des professionnels ? "Les temps ont changé", veut croire Claire Compagnon, membre du Collège de la Haute autorité de santé. Entretien.
L'Express : Qu’apportent les nouvelles recommandations de la Haute Autorité de santé dans la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme par rapport à celles qui avaient été publiées en 2012 ?
Claire Compagnon : D’abord, et cela apparaît dès le titre du document, cette nouvelle recommandation est élargie à la question des nourrissons, alors que les recommandations de 2012 portaient sur les enfants et les adolescents. Le terme précédemment utilisé de "troubles envahissants du développement" (TED) est remplacé par celui de "trouble du spectre de l’autisme" (TSA), marquant ainsi un changement de définition. Cela acte qu’il s’agit d’un ensemble large de situations, qui vont de patients autistes ayant un trouble du développement intellectuel et des troubles du comportement majeurs, à des personnes avec, à l’autre extrême, un très haut potentiel intellectuel, auparavant appelées "asperger". Même si les profils s’avèrent variés, il existe un continuum des manifestations cliniques et des besoins des personnes.