"Seigneur, sommes-nous une armada ou une Babel flottante ? Sur les 237 membres d’équipage de nos navires, quatre caraques et une caravelle, ayant quitté Séville le 20 septembre 1519, il y a plus de deux mois, à peine plus de la moitié vient d’Espagne, comme moi Juan Garcia Sánchez, né en Castille, despensero préposé aux vivres à bord de la Trinidad, le navire-amiral de la flotte. Les autres sont portugais, italiens, français, grecs, allemands…
Une flotte sous tension
Faire marcher les navires ensemble est malaisé. D’autant que notre amiral, Fernand de Magellan, qui dirige l’expédition, est portugais, ses capitaines espagnols, et que tout ce monde ne s’entend guère. On se toise avec méfiance, on se salue froidement. Magellan, gentilhomme de modeste noblesse, est certes un navigateur averti et un soldat courageux : il a combattu sept ans aux Indes pour son pays. Mais c’est un homme de peu de paroles et de moins de sourires encore, qui trace sa route sans égards aux avis que ses officiers pourraient lui donner. Il ne sait pas se rendre aimable. Voilà pourquoi, dit-on, son propre roi, à Lisbonne, n’a pas vou...
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