L’opération américaine au Venezuela n’admet pas d’analogies réconfortantes ni de lectures automatiques de vêtements déchirés. Il n’est pas non plus particulièrement propice de recourir à Thucydide et à son dicton universellement cité (d’ailleurs généralement sous une forme tronquée) : « Quant à la justice, dans le raisonnement humain, elle n’entre en jeu que lorsque les forces sont égales ; sinon, les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent. »
Ce n’est pas le Panama en 1989, lorsque les États-Unis agissaient comme hégémon incontesté dans un système déjà de « pax Americana » ; Ce n’est pas non plus Grenade en 1983, une intervention limitée en pleine guerre froide ; pas même l’Irak, avec sa tentative ratée de reconstruire un pays en invoquant un ordre libéral universel. Le Venezuela se produit à une époque différente. Et l’aborder avec des catégories héritées conduit à une double erreur : diagnostic et pronostic. Il ne s’agit pas seulement d’une redistribution des forces, mais d’un changement dans la grammaire du pouvoir : qui décide, avec quel langage l’action est justifiée et quelles normes sont considérées comme opérationnelles.
Le diagnostic échoue car nous ne sommes plus confrontés à un système international de règles partagées et de mécanismes d’arbitrage acceptés – encore pas toujours suivis. La prévision est également erronée car il ne s’agit pas d’une déviation passagère, mais de la manifestat...
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