J'écris ces mots espagnols pour un journal madrilène. Les phrases s'enchaînent sans difficulté dans une langue qui m'est familière, c'est la mienne. J'écris cette chronique dans la langue dans laquelle j'écris tous mes articles et rapports, dans laquelle j'ai écrit mon premier livre et dans laquelle j'ai appris à lire - ou dans laquelle fut la première histoire dans laquelle je me souviens avoir plongé seul et émerveillé : les mots résonnant dans mon crâne par magie -. J'écris ce texte dans la langue dans laquelle mon père m'a toujours parlé. Ce n'est cependant pas le seul que je possède ou qui me possède : ma mère me parlait en catalan avant de me séparer de son corps.
Aucune rareté ni nouveauté. Le bilinguisme dès la naissance est courant dans mon pays, notamment autour de Barcelone, où j'ai grandi. Je pouvais décider que dans la première partie de mon existence, l'espagnol était la langue de la fascination et le ...
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