Accoucher en République centrafricaine, l'un des pays les plus dangereux au monde pour être mère

Silvia Laboreo Longás - El País - 25/12
Le pays connaît l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés de la planète. Le manque de centres et de personnel de santé, d'ambulances ou encore d'électricité compliquent à l'extrême les accouchements, dans un contexte de coupure de l'aide internationale.

A la maternité de Markounda, dans la préfecture de l'Ouham, au nord-ouest de la République centrafricaine, une femme est recroquevillée dans une pièce sombre. Un compte-gouttes pend à son bras. Trois semaines plus tôt, elle avait accouché au même endroit d'un bébé mort-né de 1,3 kilo.

Trois semaines après la mort de son bébé, elle a senti que quelque chose n’allait pas. Une douleur persistante au ventre l'a amenée à retourner à l'hôpital de cette commune située à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Tchad. Ils l'ont admise à la salle d'opération, ouverte il y a seulement deux mois - toujours sans personnel suffisant - et, en pratiquant une ponction, ils ont découvert qu'elle avait du sang accumulé dans la cavité abdominale.

Après quatre heures d'intervention et faute de pouvoir contrôler l'hémorragie, elle a été évacuée en ambulance vers la maternité de Bossangoa, une ville située à 145 kilomètres de là. Un voyage sur des chemins de terre rougeâtres, remplis de nids-de-poule profonds, qui peut durer jusqu'à six heures ou plus, selon les conditions du terrain. Une fois arrivés sur place, ils l'ont de nouveau orientée vers la maternité de Markounda, où ils ont finalement pu la stabiliser avec les ressources disponibles.

Leur enfant à naître fait partie de la statistique de 32,3 mortinaissances pour 1 000 naissances vivantes en République centrafricaine, selon les données recueillies dans le rapport publié en 2025 par le Groupe interinstitutions des Nations Unies pour l'estimation de la mortalité infantile. En Espagne, selon le même rapport, le taux de mortinatalité était de 2 pour 1 000 naissances vivantes.

Heureusement, elle a survécu. Mais ces kilomètres parcourus d’un hôpital à l’autre auraient pu faire pencher la balance de l’autre côté dans l’un des pays les plus dangereux pour être mère. Son cas illustre les lacunes d’un système de santé fragile, érodé par des décennies de conflit armé et d’instabilité et qui, dans de nombreux endroits, survit grâce au soutien des organisations humanitaires.

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