A quoi sert l'argent ?

Jaime Rubio Hancock - El País - 25/12
Nous y pensons souvent comme s’il s’agissait de quelque chose de naturel et extérieur à l’éthique et à la politique. Mais cette approche est une erreur dangereuse qui nous amène à confondre moyens et fins. L'année prochaine nous mettra à nouveau à l'épreuve dans notre relation avec l'argent

Il n'y a rien d'étrange à aller dans un bar et à payer son café en touchant un écran avec une carte en plastique ou un téléphone portable. Ou même faire ce geste classique et de moins en moins courant de sortir son portefeuille et de payer avec un billet ou des pièces.

Mais en réalité, c'est très étrange : pourquoi accepterait-on d'échanger un café contre des numéros sur un écran ou contre des disques de métal ? L’argent n’est rien d’autre qu’une institution sociale, comme le dit le philosophe américain John Searle, ou, selon les mots de Yuval Noah Harari dans Sapiens, le système de confiance mutuelle le plus universel et le plus efficace de l’histoire. Autrement dit, l’argent est de l’argent parce que nous avons convenu qu’il l’est. Tout peut être et beaucoup l'ont été : l'or, le sel, les pièces de monnaie, les billets de banque, les cigarettes... Et surtout les chiffres sur un écran : plus de 90 % de l'argent n'existe que sous forme électronique.

L’argent a un aspect presque spectral : il est même difficile de le définir et il est facile de penser qu’il est en marge de la société et qu’il a ses propres règles. Mais tel n’est pas le cas et son utilisation soulève de véritables dilemmes éthiques, à commencer par la question de savoir quel devrait être son objectif et quelle importance lui accorder. Aristote pose cette question dans sa Politique, où il souligne que l'argent est un moyen et non une fin. Le philosophe parle de l'écon...
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