2025 a commencé et s’achève par la disparition de deux titans du cinéma, David Lynch et Rob Reiner, et les mois intermédiaires ont vu l’avancée inquiétante de l’IA (sans toujours aucune restriction ni garde‑fous pour la technologie préférée de tous) ; des protestations contre des génocides ; le co‑PDG de Netflix Ted Sarandos affirmant sans vergogne que la sortie au cinéma est « un concept dépassé » ; et des nouvelles de monopoles corporatifs imminents qui mettent en péril l’expérience en salle et notre manière de vivre les films.
Replacez tout cela dans le contexte d’un délire fascisant qui s’intensifie, des guerres qui perdurent et des horreurs quotidiennes de l’actualité, et il est peu dire qu’il a été difficile de ne pas sombrer.
Si 2025 a parfois ressemblé à un brasier, il est clair qu’aller au cinéma reste l’un des meilleurs moyens d’échapper à la folie. Ce n’est assurément pas un concept dépassé : c’est une pratique menacée mais vitale, plus que jamais, non seulement comme divertissement mais aussi comme manière de générer de l’empathie et d’éveiller la curiosité. Deux qualités qui semblent manquer ces temps‑ci.
Heureusement, l’année a été forte au cinéma, à tel point que ne sélectionner que 20 films qui nous ont aidés à traverser 2025 a été plus difficile que jamais. Même certains de nos favoris comme The Ice Tower, Eddington, Drømmer (Dreams (Sex Love)), Black Bag, Hedda, The Bibi Files et Reflection in a Dead Diamond n’ont pas été retenus dans la sélection finale... Il a fallu trancher.
Comme toujours, nous avons respecté la règle d’airain selon laquelle les films doivent être sortis dans les salles européennes cette année. Cela signifie que même si nous avons vu des œuvres comme Marty Supreme, The Secret Agent, No Other Choice, Pillion et Hamnet, elles sont hélas absentes, leurs sorties dans toute l’Europe étant prévues en 2026.
Sans plus attendre, notre compte à rebours des meilleurs films de 2025 commence avec...
Pour ceux qui s’attendaient à une nouvelle déferlante gore à vous scotcher au siège de la part de la réalisatrice acclamée de Grave (Raw) et de la Palme d’or Titane, Alpha a pu sembler une déception. Au lieu d’un nouveau body horror à fond, la cinéaste française Julia Ducournau s’attaque davantage à l’âme qu’à la chair avec son troisième film. Suivant Alpha (Mélissa Boros), une fille de 13 ans qui vit dans un monde poussiéreux encore en convalescence après une épidémie dévastatrice qui fait que les infectés se retrouvent ensevelis dans leurs propres corps calcifiés, le film est indéniablement plus hermétique que les œuvres célébrées de Ducournau. Toutefois, en explorant la relation entre une protagoniste adolescente et sa mère (Golshifteh Farahani), sur fond de réapparition de son oncle toxicomane (Tahar Rahim), Ducournau crée quelque chose de vraiment spécial. Grâce à la porosité de deux temporalités, elle établit d’abord une allégorie de la crise du sida des années 1980 ; celle‑ci se mue en une méditation à combustion lente sur les traumatismes hérités, l’acceptation de la mort et l’idée que l’amour inconditionnel est le seul pour lequel il vaut la peine de se battre. Alpha pourrait être le film le plus clivant de 2025 ; il est peut‑être le plus mal compris ; mais il est assurément l’une de ses propositions les plus sous‑estimées. DM
Ce premier long métrage assuré et mémorable de la cinéaste norvégienne Emilie Blichfeldt réinvente le conte de Cendrillon à travers les yeux d’Elvira (Lea Myren), prête à tout pour rivaliser avec sa belle demi‑sœur, la superbe Agnes, afin de conquérir les faveurs du prince. Cela implique des chirurgies gratinées, des ténias et des amputations de doigts de pied fidèles aux frères Grimm. Même s’il est tentant d’établir une comparaison avec la The Substance de Coralie Fargeat (les deux films s’ancrent dans la nouvelle vague de l’horreur féministe et commentent les attentes sociétales autour des standards de beauté via un body horror qui fait se tortiller et beaucoup d’humour noir), le film de Blichfeldt ne devrait pas être éclipsé par son voisin de genre. C’est un premier long métrage pleinement abouti qui annonce une voix cinématographique nouvelle et ambitieuse. DM