Manageurs de proximité : au cœur du système, mais seuls face à tout

Romane Ganneval - LePoint - 15/12
Au cœur des organisations, les manageurs s’épuisent. Entre directives contradictoires, manque de moyens et solitude croissante, ils deviennent les fusibles silencieux d’un système qu’ils peinent encore à tenir.

« On ne le dit pas assez : il est bien plus difficile de manager trente personnes que de diriger un groupe de plus de mille salariés », affirme Bertrand Martinot, économiste et expert associé à l'Institut Montaigne. À mesure que l'on gravit les échelons hiérarchiques, le pilotage se détache du terrain. Diriger implique de tracer un cap stratégique, satisfaire les attentes des investisseurs et donner une cohérence au récit. Les décisions se prennent à huis clos, dans le confort ouaté des comités de direction, devant des cadres convaincus d'avance. Rarement face à des équipes épuisées, en sous-effectif depuis des mois. Le terrain n'est pas ignoré, il est simplement tenu à bonne distance, pour ne pas ébranler les certitudes du sommet.

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Les difficultés du terrain, qu'il s'agisse des problèmes de recrutement, du manque de moyens ou d'équipes fragilisées par un management toxique, remontent rarement jusqu'aux étages supérieurs. Et lorsqu'elles y parviennent, elles se heurtent à des urgences d'un autre ordre : résultats financiers, besoins de transformation, impératifs d'image. « Il est bien plus confortable d'occuper la place haute d'un système censé tourner de lui-même et d'envoyer quelques directives bien pensées, que de se retrouver coincé, sans marge de manœuvre, entre ceux qui décident et ceux qui exécutent », abonde Jean Pralong, professeur en gestion des ressources humaines à l'EM Normandie.

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Caroline a 33 ans. Depuis sept ans, elle dirige trois équipes, soit une trentaine de personnes, dans une entreprise de biotechnologies à Nantes. Elle résume sa fonction en un mot : fusible. Coincée entre une direction fuyante et des équipes parfois à cran, elle amortit les chocs, sans relais ni garde-fous. Elle n'en a encore parlé à personne, mais elle sait que l'heure du départ approche. Cette décision s'est imposée après un épisode qu'elle n'a pas digéré : une affaire de harcèlement dans son service, à laquelle sa hiérarchie n'a opposé que le silence.

Manque de reconnaissance

« Trois femmes sont venues me parler d'un problème avec un homme de l'équipe »,...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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