Tentes sur le site de la mine d'or de Kamituga au Sud-Kivu, à l'est de la RDC ; capture d'écran de la chaîne YouTube TV5monde.
La crise sécuritaire actuelle dans les provinces orientales de la République démocratique du Congo (RDC) s'est aggravée, avec deux groupes rebelles, l'Alliance du fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23), tous deux opposés au régime au pouvoir, qui travaillent désormais ensemble.
L'AFC est une organisation politico-militaire composée d'anciens membres du Parti populaire pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), dirigé par l'ancien président de la RDC Joseph Kabila (2001-2019). Le M23 reste quant à lui le principal groupe rebelle de la région.
Leur alliance pose un défi encore plus grand aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée de l’État qui tente de réprimer le mouvement rebelle, dans la mesure où l’implication de l’AFC a renforcé les capacités militaires et logistiques croissantes de la rébellion.
En janvier 2025, l’alliance AFC et M23 s’est emparée des villes de Goma et de Bukavu, dans l’est de la RDC, et a établi un gouvernement parallèle à celui de Kinshasa, faisant de Goma, au Nord-Kivu, sa capitale. Ce gouvernement est dirigé par trois personnalités : Corneille Nangaa (ancien président de la Commission électorale nationale indépendante du pays) ; Bertrand Bisimwa; et Sultani Makenga, qui supervise les opérations militaires. Pour financer leurs efforts de guerre et atteindre l’autosuffisance financière, le gouvernement a donné la priorité aux opérations minières.
Un rapport publié le 21 octobre 2025 par l'Oakland Institute, un groupe de réflexion basé en Californie, révèle que les rebelles de l'AFC et du M23 tentent de collecter des fonds pour la logistique et l'armement en s'emparant des mines. Le Rwanda, qui continue de fournir un soutien militaire et logistique aux rebelles, est à l'origine de cette stratégie.
Le rapport fait état de plus de six millions de morts, de viols généralisés, de massacres, de tortures et du déplacement de millions de personnes. L'Oakland Institute affirme en outre que le Rwanda et les groupes rebelles ont pris le contrôle de plusieurs zones riches en minéraux au Nord et au Sud-Kivu, entraînant un déplacement de population locale à grande échelle.
Actuellement, la plupart des zones riches en minéraux sont aux mains des insurgés. Il s'agit notamment de Walikale, une ville riche en coltan, en or et en cassitérite, un minéral d'oxyde d'étain ; la mine de Bisie, l’une des mines d’étain les plus riches au monde ; les mines de Rubaya, riches en coltan ; et la mine Lueshe, connue pour ses importants gisements de pyrochlore. Dans la région de Lubero, les rebelles occupent des zones riches en or comme Musigha. Pendant ce temps, au Sud-Kivu, ils contrôlent Lumbishi, une ville minière riche en tourmaline, coltan, or et cassitérite.
Les insurgés de l'AFC et du M23 prétendent séparer leurs ambitions guerrières de celles minières, comme l'a déclaré leur coordinateur Corneille Nangaa lors d'un point de presse à Goma, au Nord-Kivu :
Nous on ne cherche pas de l'or ni moins encore d'autres minéraux. Nous nous combattons pour le pays.
Nous ne recherchons pas d’or ou d’autres minéraux. Nous nous battons pour notre pays.
Nangaa a donné une vidéo complète de point de presse dans la vidéo suivante :
Toutefois, les événements sur le terrain racontent une tout autre histoire. Le rapport de l’Oakland Institute souligne :
Le Rwanda commande et contrôle le M23 et lui a apporté un soutien crucial. L’objectif était bien le contrôle de sites miniers stratégiques. Le contrôle de l’AFC/M23 sur l’est de la RDC a assuré l’accès du Rwanda aux territoires riches en minéraux et en terres fertiles.
Le Rwanda commande et contrôle le M23, lui apportant un soutien essentiel. L’objectif a toujours été le contrôle de zones stratégiques riches en minéraux. Le contrôle de l’AFC/M23 sur la partie orientale de la RDC garantit l’accès du Rwanda aux zones riches en minéraux et aux terres fertiles.
Le rapport notait également :
Des sources des Forces de défense rwandaises RDF et des sources proches du gouvernement rwandais ont rapporté que l’objectif final de Kigali était de contrôler le territoire de la RDC et ses ressources naturelles […] Les experts ont identifié le Rwanda comme un point important de transit et d’exportation pour l’étain, le tantale et le tungstène congolais.
Des sources au sein du RDF, de la Rwanda Defence Force et proches du gouvernement rwandais ont confirmé que l’objectif de Kigali est de contrôler le territoire de la RDC et ses ressources naturelles […] Les experts ont également identifié le Rwanda comme une plaque tournante majeure de transit et d’exportation de l’étain, du tantale et du tungstène congolais.
Le même rapport allègue en outre que l'AFC/M23 a facilité l'exportation de coltan de Rubaya vers le Rwanda. Dans son évaluation de décembre 2024 de la situation dans l’est du Congo, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné le groupe pour :
« (…) collectant environ 800 000 dollars par mois grâce à la fiscalité de la production et du commerce de Coltan. Une augmentation sans précédent de la contrebande de coltan a été signalée et depuis le M23 a exporté frauduleusement au moins 150 tonnes vers le Rwanda en 2024 et jusqu’à 120 tonnes par mois en 2025.
(…) générant environ 800 000 USD par mois, grâce aux taxes sur la production et le commerce du coltan. Une recrudescence sans précédent de la contrebande de coltan a été observée, le M23 exportant illégalement au moins 150 tonnes vers le Rwanda en 2024, et jusqu'à 120 tonnes par mois en 2025.
Dans le but de perturber ces sources de revenus, les FARDC ont lancé une frappe de drone dans la nuit du 23 octobre 2025, bombardant une partie d'une installation de production d'or dans le site minier de Twangiza contrôlé par les rebelles. Cette installation produit environ 100 kg (220 livres) d'or chaque mois.
Initialement détenue par un consortium canadien, Twangiza Mining a ensuite été rachetée par des investisseurs chinois, qui ont abandonné le site lorsque les rebelles sont arrivés en mai 2025. La société estime qu'en cinq mois, les rebelles ont volé environ 500 kg (1 100 lb) d'or, évalués à environ 70 millions de dollars, dans la concession minière aurifère de Twangiza.
Les autorités congolaises continuent de dénoncer le Rwanda devant les instances internationales, notamment les Nations Unies et l'Union européenne, exigeant la fin de son soutien aux groupes rebelles.
Cependant, l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda aux États-Unis le 27 juin 2025 a échoué en raison du refus d’y participer de l’AFC et du M23. Washington, quant à lui, n'est pas resté inactif : entre mai et juillet 2025, la société américaine KoBold Metal a obtenu les droits sur les gisements de lithium de Manono, dans l'est de la RDC, via un accord d'un milliard $ avec l'australien AVZ Minerals. Avec l’approbation du gouvernement de la RDC, KoBold Metal exporte désormais certaines des ressources minérales les plus critiques du pays. Ces accords sont présentés dans le cadre des efforts plus larges de l’administration Trump pour résoudre le conflit dans l’est de la RDC.
Pourtant, malgré l’intervention de Washington, le président de la RDC, Félix Tshisekedi, reconnaît qu’il est incapable d’arrêter la guerre. À la page 8 de son discours aux Nations Unies du 23 septembre 2025, il a exhorté :
J'exige aux Nations Unies de veiller à la stricte application de cet Accord, désormais indissociable de la mise en œuvre de la résolution envisagée. Tant que ces décisions ne seront pas exécutées, le sang des innocents continue de couler.
J’appelle les Nations Unies à veiller à la stricte application de cet Accord, désormais indissociable de la mise en œuvre de la résolution susmentionnée. Tant que ces décisions ne seront pas mises en œuvre, le sang des innocents continuera de couler.
Dans une interview accordée au média congolais Actualité CD, Tshisekedi est allé ouvertement plus loin, affirmant que si Donald Trump réussissait à mettre fin à la guerre en RDC, il soutiendrait la nomination du président américain au prix Nobel de la paix. Il a admis :
(…) si le président Trump parvient à mettre fin à cette guerre grâce à sa médiation, il mériterait ce prix Nobel. Je serais le premier à voter pour lui.
(…) si le président Trump parvient à mettre fin à cette guerre grâce à sa médiation, il mériterait ce prix Nobel. Je serais le premier à voter pour lui.
Or, selon un article publié par le média qatari AlJazeera le 15 novembre 2025, les rebelles du M23 et le gouvernement de la RDC ont signé un accord-cadre de paix avec Doha, au Qatar, visant à mettre fin à plusieurs années de conflit.