Alain Duhamel nous reçoit dans son appartement, à deux pas du jardin du Luxembourg. Sur son canapé, trois livres ouverts se disputent la place avec une avalanche de journaux – Libération, Le Figaro, Le Monde – qui recouvrent presque tout un pan de l'assise. Sa table basse, elle, n'est qu'un enchevêtrement de piles de livres qui montent comme des tours instables.
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À quelques mètres, dans son bureau, la moindre surface libre est occupée par une collection encyclopédique de livres politiques (classés par partis, du PC à l'extrême droite) et par son impressionnante armée de soldats de plomb napoléoniens.
Un intérieur à son image. À 83 ans, inoxydable, Alain Duhamel a l'œil vif et pétillant, et continue d'observer l'actualité avec une gentillesse gourmande. Il avait annoncé sa retraite, mais débat encore chaque semaine sur BFMTV avec une personnalité politique – des échanges nuancés qui se font rares par les temps qui courent.
Avec la même curiosité presque adolescente, il garde intacte sa passion pour son métier, et surtout pour la lecture. Raison suffisante pour revenir aux œuvres qui ont façonné son imaginaire.
Le Point : Quel est votre tout premier souvenir culturel ?
Alain Duhamel : Enfant, c'est forcément un livre. Quand j'étais vraiment jeune, il n'y avait pas de télévision. La musique, j'en entendais un peu dans la famille, mais non : c'était un livre. Une bande dessinée qui datait d'avant la guerre de 14-18, avec un langage qui semblerait très étrange aujourd'hui. Les dessins étaient très naïfs, comme souvent à cette époque.
Et vous apprenez à lire très tôt…
Oui, j'ai su lire à 3 ans. J'ai app...
[Courte citation de 8% de l'article original]