Laissez-les se battre et s'asseoir et regarder

أحمد كامل - Aljazeera - 29/11
La guerre russe contre l’Ukraine révèle un changement radical dans la nature des conflits modernes : des conflits qui ne sont pas menés pour une résolution rapide, mais plutôt pour gérer l’équilibre des pouvoirs par une attrition systématique.

Dans son livre « The Tragedy of Great Power Politics », John Mearsheimer explique que les grandes puissances du système international recherchent par nature l’hégémonie régionale, s’efforçant toujours d’affaiblir leurs rivaux sans entrer dans une confrontation directe. Selon lui, le système international repose sur un chaos structurel qui fait que la survie dépend de la capacité de l’État à contenir ses opposants avant qu’ils ne puissent le menacer.

En l’absence d’une autorité centrale pour imposer l’ordre, la logique de facto devient la loi du pouvoir : celui qui n’attaque pas est attaqué. De ce point de vue, Mearsheimer a cristallisé l’un des concepts les plus subtils de la pensée géopolitique moderne, ce que l’on appelle la stratégie consistant à « pousser les adversaires dans le conflit et à les laisser s’épuiser les uns les autres ».

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Cette stratégie repose sur un principe simple mais très efficace. Au lieu de mener une guerre directe, l’État s’efforce de pousser deux ou plusieurs rivaux à s’affronter, s’épuisant mutuellement militairement, économiquement et politiquement. Quant à lui, il reste spectateur, préservant ses ressources et sa puissance, bénéficiant d'un nouvel équilibre dont les traits se dessinent sans engager de combat.

Mearsheimer fait la distinction entre cette stratégie et sa contrepartie appelée « effusion de sang », qui consiste à prolonger une guerre existante au lieu de la déclencher en premier lieu, et à empêcher l’une ou l’autre des parties de remporter une victoire décisive. Ainsi, ces stratégies représentent la forme la plus « intelligente » de guerre indirecte, car la bataille ici n’est pas menée avec des armes, mais plutôt avec une planification à long terme et une manipulation de l’équilibre des pouvoirs.

Guerre x 3 intentions

Cette philosophie était clairement incarnée dans la politique britannique au XIXe siècle, lorsqu’elle alimentait la concurrence et les guerres entre la France et l’Allemagne sur le continent européen, garantissant qu’aucune d’elles n’émergerait comme une puissance hégémonique susceptible de menacer ses intérêts ou de bouleverser l’équilibre des pouvoirs qui garantissait à la Grande-Bretagne sa position impériale.

Mearsmeier estime également que cette approche ne s’est pas limitée à la Grande-Bretagne, mais a plutôt été adoptée par d’autres puissances à différentes étapes de l’histoire moderne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le sénateur américain et plus tard président Harry Truman a exprimé un raisonnement similaire lorsqu’il a déclaré en 1941, après l’invasion nazie de l’Union soviétique : « Si nous voyons que l’Allemagne va gagner, nous devons aider la Russie, et si nous voyons que la Russie va gagner, nous devons aider l’Allemagne et de cette manière la laisser tuer autant de personnes que possible...
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