L’armée américaine n’est pas censée intervenir dans la politique intérieure. Il s’agit de la norme de longue date régissant les relations civilo-militaires américaines. La Constitution affirme le contrôle civil sur l’armée, réparti entre les pouvoirs exécutif et législatif, comme moyen d’empêcher l’armée de devenir une force partisane d’oppression nationale.
Le président Donald Trump a déstabilisé cet arrangement plus que n’importe quel autre président de mémoire récente. Il a imposé les forces de la Garde nationale à des gouverneurs et à des maires réticents, au motif douteux que les villes américaines sont plus violentes que les champs de bataille en Afghanistan. Il a invoqué des lois destinées à limiter l’utilisation de l’armée au niveau national – la loi sur l’insurrection, par exemple – dans le but opposé. Et il a ouvertement encouragé la partisanerie militaire, par exemple lorsqu’il a organisé des rassemblements politiques avec des audiences militaires à Fort Bragg et à la base navale de Norfolk, les encourageant à applaudir son dénigrement des gouverneurs démocrates.
La dernière fois que l’armée américaine s’est retrouvée sous une pression politique de ce type, c’était lors de la crise constitutionnelle de 1866-1867. À cette époque, Ulysses S. Grant était le général commandant de l'armée américaine. La guerre civile venait de prendre fin et le président Andrew Johnson était confronté à des décisions monumentales : à quelles conditions son administration autoriserait-elle la réadmission des États confédérés dans l’Union, et quels rôles civiques et économiques les Noirs américains joueraient-ils dans le Sud d’avant-guerre ? Alors même que l’administration luttait pour ramener sous son contrôle les États conquis du Sud, une insurrection s’y est implantée, terrorisant les citoyens noirs, les républicains et les hommes d’affaires du Nord.
Le Congrès a adopté une loi appelant à un régime militaire dans le Sud et à l’application active des droits des citoyens noirs dans cette région. Johnson a rejeté cette politique de reconstruction comme étant illégitime. Il préférait une approche plus indulgente qui p...
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