L'empire caché des Mayas

National Geographic - 24/09
Les chercheurs étaient depuis longtemps confrontés à un vide de plus d’un siècle dans l’histoire maya. Aujourd’hui, on découvre les secrets de l’ascension de ce puissant royaume.

Une simple série de collines abruptes, au milieu de la forêt tropicale du nord du Guatemala, près de la frontière avec le Mexique : a priori, l’ancienne cité d’Holmul ne paie pas de mine. Ici, dans le bassin du Petén, la selve est dense, la chaleur écrasante, et l’air plus sec qu’on ne s’y attendrait. Seuls le chant des cigales et quelques cris de singes hurleurs trouent le silence.

Toutefois, à mieux y regarder, la plupart des collines forment des anneaux massifs. D’encore plus près, on se rend compte qu’elles sont pour partie en pierre taillée, et que des tunnels sont creusés au flanc de certaines d’entre elles. Car ce ne sont pas du tout des collines, mais des pyramides abandonnées après l’effondrement de la civilisation maya, il y a un millénaire.

Holmul fut une cité en pleine expansion lors de l’époque maya classique (250-900 apr. J.-C.). L’écriture et la culture étaient alors florissantes dans ce qui est de nos jours l’Amérique centrale et le sud du Mexique. Mais ce fut aussi une période de troubles politiques : deux cités-États guerrières se disputaient sans cesse la suprématie. Pendant un temps assez court, celle de Calakmul prédomina. Pour la première fois de son histoire, la civilisation maya connut alors une forme de pouvoir évoquant un empire.

Ce pouvoir était exercé par les rois Serpent, de la dynastie Kaanul. Nul n’avait entendu parler d’eux voilà encore quelques décennies. Mais, avec la mise au jour de sites autour de Calakmul, dont celui d’Holmul, les archéologues tentent de reconstituer l’histoire de ces souverains.

CALAKMUL – Au VIIe siècle apr. J.-C., la dynastie du Serpent s’installa dans cette capitale (située aujourd’hui dans le sud du Mexique), dont l’édifice principal était une pyramide haute de 55 m. De là, ses souverains nouèrent tout un réseau d’alliances.
PHOTOGRAPHIE DE David Coventry

Comparé à Tikal, son proche voisin, le site d’Holmul n’est ni aussi vaste ni aussi réputé. Il était même plutôt négligé jusqu’à l’arrivée de Francisco Estrada-Belli, en 2000. Ce dernier n’était nullement en quête de trouvailles extraordinaires, telles que des tablettes écrites de l’ère classique ou des tombes ornées. Il souhaitait juste plonger un peu plus loin dans les origines de cette civilisation. L’une de ses premières découvertes a été un bâtiment situé à quelques kilomètres des pyramides centrales d’Holmul. Dans l’édifice, les restes d’une fresque murale montraient des soldats en pèlerinage dans une contrée lointaine.

Chose étrange, les Mayas avaient apparemment détruit eux-mêmes une partie de cette fresque, comme s’ils voulaient effacer l’histoire qu’elle racontait. Pourquoi ? Pour le savoir, Francisco Estrada-Belli a creusé des tunnels dans plusieurs pyramides proches.

Les anciens peuples mésoaméricains élevaient leurs pyramides à la manière des poupées russes, par empilements successifs. Quand ils ajoutaient un niveau, ils préservaient le niveau inférieur. De ce fait, les archéologues ont pu aménager des galeries et découvrir les structures les plus anciennes quasiment telles qu’elles étaient lorsqu’elles furent abandonnées.

En 2013, Estrada-Belli et son équipe se sont frayé un chemin dans l’une des plus grandes pyramides, suivant un ancien escalier jusqu’au seuil d’un édifice cérémoniel. Là, ils se sont hissés par un trou dans le sol et ont découvert une fresque longue de 8 m, magnifiquement conservée, au-dessus de l’entrée d’une tombe.

Les fresques en stuc sont aussi rares que fragiles. Celle-ci représentait trois hommes (dont un roi d’Holmul) émergeant des gueules d’étranges monstres, eux-mêmes flanqués de créatures du monde souterrain entremêlées avec deux serpents à plumes géants. Estrada- Belli a aperçu des sculptures sur la partie basse et s’est agenouillé. Une série de représentations graphiques – ou glyphes – correspondait à la liste des rois d’Holmul. Et, au milieu de la fresque, figurait un glyphe dont l’archéologue a aussitôt su qu’il serait la plus grande découverte de sa carrière : un serpent au large sourire.

« Parmi tous ces glyphes, j’ai vu le [nom de] Kaanul, se souvient-il. Auparavant, Holmul était un site anonyme. Et voilà que, d’un coup, nous nous retrou...
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