Former French President Nicolas Sarkozy sentenced to five years in prison: Republic’s judiciary frees itself

Vincent Sizaire - TheConversation-Global - 26/09
L'ancien président français Nicolas Sarkozy sera emprisonné. Cette décision illustre l'indépendance croissante du pouvoir judiciaire et l'application du principe de l'égalité devant la loi.

Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable de complot criminel par le tribunal pénal de Paris le jeudi 25 septembre, à la suite du transfert de millions d'euros de fonds illicites du défunt leader libyen Col Muammar Kadhafi pour financer sa campagne électorale de 2007. Comme on pouvait s'y attendre, la décision a rapidement tiré la colère d'une grande partie de la classe politique.

Il est parfaitement légitime de plaider contre la décision sur le terrain qui est injuste et infondé. Cela s'applique d'abord et avant tout aux défendeurs, qui ont le droit de faire appel du jugement. Cependant, le contexte dans lequel ces cris ont lieu est un Tinderbox politique: en effet, en avril, le chef du Rallye national d'extrême droite, Marine Le Pen, a déjà été condamné à une interdiction de cinq ans pour se présenter à des fonctions publiques après avoir été reconnu coupable d'aider à détourner 2,9 millions d'euros (2,5 millions de livres sterling) de fonds de l'UE pour l'utilisation par son parti. Suite à ses talons, la dernière phrase de Sarkozy offre une autre opportunité pour une grande partie des classes dirigeantes pour susciter la controverse sur ce que les Français décrivent comme le «gouvernement des juges» et d'autres surnommeraient la «juristocratie».

Sarkozy sera bientôt le premier président de la France d'après-guerre à être emprisonné

Certes, la peine peut sembler particulièrement grave: une amende de 100 000 €, cinq ans d'inéligibilité et, surtout, cinq ans de prison avec un mandat d'arrêt différé qui, combiné à l'application provisoire, oblige la personne à la condamnation pour commencer à purger sa peine de prison même si elle fait appel.

Mais si nous examinons de plus près les infractions en jeu, les pénalités ne semblent guère disproportionnées. Les faits sont indéniablement sérieux: l'organisation du financement secret d'une campagne électorale avec des fonds d'un régime corrompu et autoritaire, la Libye - dont la responsabilité d'une attaque contre un avion qui a tué plus de 50 ressortissants français a été reconnu par les tribunaux - en échange de son champion sur la scène internationale.

Étant donné que la peine maximale est de dix ans de prison, la peine ne peut guère être considérée comme trop sévère. Mais ce qui est contesté, c'est le principe même de la condamnation d'un chef politique par les tribunaux, qui est vu et présenté comme une attaque intolérable contre l'équilibre institutionnel.

Cependant, si nous prenons le temps de mettre cela dans une perspective historique, nous voyons que les jugements rendus ces dernières années contre les membres de la classe dirigeante font en fait partie d'un mouvement pour libérer le pouvoir judiciaire des autres pouvoirs, en particulier l'exécutif. Cette émancipation permet enfin au pouvoir judiciaire d'appliquer pleinement les exigences du système juridique républicain.

Égalité des citoyens devant la loi, un principe républicain

Il ne faut pas oublier que le principe révolutionnaire proclamé la nuit du 4 au 5 août 1789 était celui de l'égalité complète et complète devant la loi, conduisant à la disparition correspondante de toutes les lois spéciales - des «privilèges» au sens juridique du terme - joui de la noblesse et du haut clergé. Le code pénal de 1791 est allé encore plus loin: non seulement ceux qui auraient pu être tenus responsables devant les mêmes tribunaux que les autres citoyens, mais ils ont également été confrontés à des sanctions plus sévères pour certaines infractions, en particulier celles impliquant la corruption.

Les principes sur lesquels le système juridique républicain est basé ne pourrait pas être plus clair: dans une société démocratique, où chaque personne a le droit d'exiger non seulement le plaisir complet de ses droits, mais aussi, plus généralement, l'application de la loi, personne ne peut prétendre bénéficier d'un régime d'exception - le moins de tous les élus. C'est parce que nous sommes convaincus que leurs actions illégales seront effectivement punies, de la même manière que les autres citoyens et sans attendre une sanction électorale hautement hypothétique, qu'ils peuvent vraiment s'appeler nos représentants.

Lorsque la loi a favorisé le puissant

Pendant longtemps, cependant, cette exigence d'égalité juridique est restée largement théorique. Pris et placé dans une relation plus ou moins explicite de subordination au gouvernement pendant le premier empire (1804-1814), le pouvoir judiciaire est resté sous l'influence de l'exécutif au moins jusqu'au milieu du 20e siècle. C’est pourquoi, jusqu'à la fin du siècle dernier, le principe de l’égalité devant la loi se heurte à un privilège singulier de «notabilité» qui, sauf dans des situations exceptionnelles ou des cas particulièrement graves et très médiatisés, une impunité relative garantie pour les membres des classes dirigeantes dont la responsabilité pénale a été remise en question.

La situation n'a commencé à changer qu'après l'éveil humaniste de la libération dans les années 40. À partir de 1958, des magistrats ont été recrutés par une compétition ouverte et ont bénéficié d'un statut relativement protégé, ainsi qu'une école dédiée, l'école nationale pour le pouvoir judiciaire. Ce dernier a progressivement pris un code d'éthique exigeant, encouragé en particulier par la reconnaissance du syndicalisme du commerce judiciaire en 1972. Une nouvelle génération de juges est apparue, qui a maintenant pris sa mission au sérieux: pour garantir, en toute indépendance, que la loi ait été correctement appliquée, quel que soit le contexte de celles de celles du DOCK.

Bernard Tapie, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy…

C'est dans ce contexte que quelque chose qui avait été impensable quelques décennies plus tôt s'est réalisé: la poursuite et la condamnation de personnalités importantes sur la même base que le reste de la population. À partir du milieu des années 1970, le mouvement a pris de l'ampleur au cours des décennies suivantes avec la condamnation de grands chefs d'entreprise, tels que Adidas et le magnat du football Bernard Tapie, puis des personnalités politiques nationales, telles que l'ancien ministre conservateur, Alain Carignon, ou le maire de Lyon et député, Michel Noir. La conviction des anciens présidents de la République à partir des années 2010 - Jacques Chirac en 2011, Nicolas Sarkozy pour la première fois en 2021 - a terminé la normalisation de cette tendance ou, plutôt, mettre fin à l'anomalie démocratique de l'adoption de traitement préférentiel aux élus et, plus largement, aux classes démocratiques.

Ce mouvement, qui découle initialement des changements dans les pratiques judiciaires, a également été soutenu par certains changements de la loi française. Un exemple est la révision constitutionnelle de février 2007, qui consacre la jurisprudence du Conseil constitutionnel selon lequel le président de la République ne peut pas être soumis à des poursuites pénales pendant son mandat, mais qui permet de reprendre la procédure dès qu'il quitte ses fonctions. Nous pouvons également mentionner la création, en décembre 2013, du bureau du procureur financier national, qui, bien qu'elle ne jouisse pas de l'indépendance statutaire de la branche exécutive, ait pu démontrer son indépendance de facto ces dernières années.

Tout discours sur la «tyrannie judiciaire» vise à viser ce développement historique. Cette rhétorique cherche moins à défendre la souveraineté du peuple que celle des dirigeants oligarchiques.

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