Un an après la remise de son fameux rapport sur la compétitivité, Mario Draghi était de retour à Bruxelles, où il a prononcé un discours sur le bilan de l'année écoulée et les nombreux défis qui se sont accrus et s'imposent à l'Union européenne. Nous traduisons ici son discours prononcé en réponse à celui d'Ursula von der Leyen, qui a ouvert ce séminaire (les intertitres ont été ajoutés par la rédaction).
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« Ursula, merci beaucoup pour vos aimables paroles au début de cette conversation. Mais aussi, merci de m'avoir donné l'opportunité de servir l'Europe, ce que j'essaie de faire de mon mieux. Il y a un an, nous nous sommes rencontrés ici pour discuter de trois défis exposés dans le rapport. Le modèle de croissance de l'Europe était depuis longtemps sous tension. Les dépendances menaçaient sa résilience. Et sans une croissance plus rapide, l'Europe serait incapable de réaliser ses ambitions climatiques, numériques et sécuritaires, sans parler du financement de ses sociétés vieillissantes. Au cours de l'année écoulée, chacun de ces défis s'est aggravé. Les fondements de la croissance européenne – l'expansion du commerce mondial et les exportations à haute valeur ajoutée – se sont encore affaiblis. Les États-Unis ont imposé leurs tarifs douaniers les plus élevés depuis l'ère Smoot-Hawley. La Chine est devenue un concurrent encore plus redoutable, tant sur les marchés tiers qu'avec les tarifs américains qui détournent les flux vers l'Europe elle-même. Depuis décembre dernier, l'excédent commercial de la Chine avec l'Union européenne a augmenté de près de 20 %.
Nous avons également constaté à quel point la capacité de réponse de l'Europe est limitée par ses dépendances – même lorsque notre poids économique est considérable.
La dépendance à l'égard des États‑Unis pour la défense a été citée parmi les raisons qui nous ont conduits à accepter un accord commercial largement aux conditions américaines. La dépendance aux matériaux critiques chinois a réduit notre capacité à empêcher la surcapacité chinoise d'inonder l'Europe, ou à contrer son soutien à la Russie.
L'Europe a commencé à réagir. Étant donné que les États‑Unis absorbent environ les trois quarts du déficit courant mondial, se détourner de leur marché n'est pas réaliste à court terme. Mais l'accord Mercosur avec l'Amérique latine peut offrir un certain répit aux exportateurs. La Commission a lancé des projets stratégiques pour les matières premières critiques. Et les dépenses de défense augmentent fortement.
Ces engagements de défense s'ajoutent toutefois à des besoins de financement déjà immenses. La BCE [Banque centrale européenne, NDLR] estime désormais les besoins annuels d'investissement pour 2025‑2031 à près de 1 200 milliards d'euros, contre 800 milliards il y a un an. La part publique a presque doublé, passant de 24 % à 43 % – soit 510 milliards d'euros supplémentaires par an, la défense étant principalement financée par des fonds publics.
L'espace budgétaire est restreint. Même sans ces nouvelles dépenses, la dette publique de l'UE devrait augmenter de 10 points de PIB au cours de la prochaine décennie, pour atteindre 93 % – sur des hypothèses de croissance plus optim...
[Courte citation de 8% de l'article original]