"Gold, gold, gold !" En ce mois de décembre 1848, le onzième président des États-Unis, James K. Polk, confirme la nouvelle : de fabuleux filons d’or ont été découverts en Californie. Onze mois plus tôt, James W. Marshall, un charpentier originaire du New Jersey, a trouvé le précieux minerai dans la vallée de Sacramento. Le temps d’être traduit et diffusé par la presse, le discours présidentiel fait le tour du monde, déclenchant l’un des plus spectaculaires mouvements migratoires de tous les temps. Des armées de prospecteurs venus du monde entier se mettent en branle, direction la côte Ouest, avec la ferme intention de faire fortune. La ruée vers l’or commence…
Plusieurs français s'installent en Californie
Plusieurs Français inspirés pressentent alors que San Francisco ne va pas rester longtemps une bourgade sans histoire au bord du Pacifique. François Pioche et Jules Bayerque, qui vivent au Chili, s’y précipitent. Ils accostent en février 1849. Dans cette ville qui ne compte alors que 2 000 habitants (ils étaient 800 un an auparavant), les deux ambitieux ouvrent un magasin sur Clay Street : la Maison Pioche, Bayerque & Co. Dans la même rue, Pioche inaugure aussi une banque. Le natif de Saint-Dizier (Haute-Marne) ne s’arrête pas là : il achète à tour de bras des terrains et joue avec succès les investisseurs immobiliers. Il ne se contente pas de spéculer, et pense aussi à l’aménagement global de la ville, édifiant le premier réseau de transport urbain et créant la première compagnie de gaz.
Avant tout le monde, Pioche comprend que San Francisco va devenir l’entrepôt du Pacifique. Alors il dépense sans compter pour construire des quais de déchargement et des hangars de stockage. François Pioche n’est pas le seul Français à jouer un rôle majeur dans l’urbanisation à marche forcée de la ville. Un ex-banquier parisien nommé Jean-Jacques Chauviteau se lance dans l’importation de maisons préfabriquées en bois et métal. De son côté, l’architecte Prosper Huerne construit les docks de North Point et perce les rues du quartier de Hayes Valley. Ces multiples chantiers emploient des centaines d’ouvriers parmi lesquels une bonne proportion de Français arrivés par bateaux entiers.
De 1849 à 1852, une centaine de navires partis de Bordeaux, Marseille, Nantes, Saint-Malo et du Havre jettent l’ancre dans la baie. Les premiers passagers débarquent le 14 septembre 1849, après cent soixante-treize jours sur un vieux baleinier baptisé La Meuse. On estime qu’environ 30 000 Français gagnent alors la Californie. Parmi ces immigrants, la grande majorité file sans tarder vers les mines d’or où ils sont surnommés les keskydeez, déformation de la questio...
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