[MAGAZINE] Personnel soignant en souffrance, patients en danger

Les nouvelles Caledoniennes - 14/06
Alors que la situation des personnels médicaux était déjà tendue dans certaines spécialités ou dans certaines zones de Nouvelle-Calédonie, les violences de mai et juin 2024 ont plongé le monde médical dans une situation particulièrement critique. De nombreux professionnels, médecins spécialisés comme infirmiers, ont quitté le Caillou, des dispensaires sont vides… Une situation dangereuse pour la santé des Calédoniens. Un dossier proposé par notre partenaire le magazine L Calédonie, paru en mai 2025.

Deux fois par jour, Lætitia Lienard, infirmière libérale, se rend chez Réjane. Douche, changement de pansements, discussions, rigolades. Un lien essentiel pour Réjane, alors même que cette dame âgée d'une soixantaine d'années, amputée des deux jambes, est très bien entourée, de sa famille comme de professionnels. "C'est ma deuxième maman", sourit Lætitia en changeant un pansement. Cela fait deux ans que les deux femmes se voient deux fois par jour. "Lors des émeutes de mai 2024, je ne suis pas passée durant quatre jours, mais je savais qu'elle avait sa fille. Sinon, je serais passée la récupérer pour l'emmener chez moi." Réjane est bien accompagnée. Mais ce n'est pas le cas de tous les patients. Surtout, Réjane habite un quartier où Lætitia accepte de continuer sa tournée. "Hélas, je ne vais plus aux Tours de Magenta". Trop de peur, trop de violences. "Durant les émeutes, nous avons fait la tournée à deux avec ma remplaçante." Le souvenir de ces mois est encore très douloureux. Et certains quartiers et zones géographiques pâtissent des exactions de 2024, avec un vide médical immense. "Les plus vulnérables sont fragilisés, dans le nord, dans les îles, dans les quartiers défavorisés", constate Kader Saidi, porte-parole et fondateur du collectif Santé en danger Nouvelle-Calédonie, qui réunit près de 1 800 professionnels de santé. "Sur la côte Est, il n'y a plus une structure de soin qui peut recevoir les patients, dans le Nord et les îles, c'est variable, tout comme dans certains quartiers de Nouméa. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes tous liés. Quand le Nord ne va pas bien, le Sud ne va pas bien", poursuit Kader Saidi. 

Une perte de chance pour les patientes

Le constat est le même pour Lætitia Lienard, infirmière libérale, comme pour les autres professionnels de santé. Valérie Lescroart, présidente du Syndicat des sage-femmes de Nouvelle-C...
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