« Game changer », « lead », « asap » : ces mots du travail que l’on ne supporte plus

Romane Ganneval - LePoint - 10/06
Il sature les open spaces, empoisonne les réunions : le vocabulaire du bureau ne veut parfois rien dire. Derrière le vernis managérial, un lexique creux, reflet d’un monde du travail qui s’épuise à vouloir tout dire… sans plus rien exprimer.

À quoi servent les mots ? La question peut sembler simple, presque enfantine. Et pourtant. Ils permettent de dire ce que l'on pense, ce que l'on ressent, ce que l'on n'arrive pas toujours à formuler autrement. Ils mettent de la clarté là où tout s'embrouille dans nos têtes, permettent de se faire comprendre, de se faire entendre. Certains mots rapprochent, d'autres éloignent. Un simple « reste » ou « pars » suffit parfois à faire basculer une vie. Même maladroits, même lancés trop vite, les mots comptent. Ce sont eux qui permettent les rencontres, d'exister aux yeux des autres, de s'inscrire dans le monde. Ce sont des liens jetés entre nous, fragiles mais essentiels.

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Les mots du bureau ne sont jamais neutres

Bien évidemment, dans le monde du travail, les mots obéissent à d'autres lois. Dans une salle de réunion, un couloir feutré ou devant la machine à café, ils ne servent plus seulement à dire, mais à se positionner. On parle pour affirmer son rôle, pour signaler qu'on est à sa place ou qu'on y tient. Parce que dans cet univers-là, bien parler, c'est déjà prendre l'ascendant sur l'autre. C'est tracer des lignes subtiles entre ceux qui maîtrisent et ceux qui peinent à suivre. L'engouement pour les concours d'éloquence en dit long : la parole y devient passeport social, tremplin discret vers un peu de reconnaissance, une possible promotion. Assez logique, au fond. Celui qui maîtrise le l...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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