La comète interstellaire 2I/Borisov livre un de ses secrets

Laurent Sacco - Futura Sciences - 30/03
De précédentes études concernant la comète interstellaire 2I/Borisov avaient montré qu'elle était atypique par rapport aux comètes du Système solaire. Mais, finalement, en utilisant le phénomène...

De précédentes études concernant  la comète interstellaire 2I/Borisov avaient montré qu'elle était atypique par rapport aux comètes du Système solaire. Mais, finalement, en utilisant le phénomène de polarisation de la lumière, on a découvert qu'elle ressemblait à la comète Hale-Boop. Cela a des implications sur l'histoire passée et l'origine de 2I/Borisov.

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On fait souvent remonter la naissance de l'astrophysique, qui se distingue de l'astronomie fondée uniquement sur des mesures d'angles et de temps sur la voûte céleste, à la découverte des principes de la spectroscopie par Kirchhoff et Bunsen vers 1860. Mais en fait, elle prend naissance presque 50 ans plus tôt avec les travaux sur la polarisation du Français François Arago qui vont lui permettre pour la première fois d'avoir des renseignements sur la physique des corps célestes. Dès le début des années 1810 il détermine ainsi, en étudiant la polarisation de la lumière du Soleil, que sa surface ne peut être celle d'un solide ou d'un liquide chauffé mais qu'elle est forcément à l'état gazeux, ce qui relève bien de la physique et pas de l'astronomie. Il fera également des observations concernant la lumière de la Lune.

L'étude de la polarisation des ondes lumineuses va ensuite se poursuivre car on peut l'utiliser pour avoir des renseignements sur les minéraux des roches et sur la structure des molécules. On s'en sert également depuis longtemps pour étudier les surfaces planétaires comme on peut s'en rendre compte en lisant l’article consacré à ce sujet par l'astrophysicien Audouin Dollfus, découvreur de Janus, qui avait déterminé de cette manière, et le premier, que la surface de Mars devait contenir un oxyde de fer.

Une illustration beaucoup plus récente de l'intérêt toujours moderne de l'étude de la polarisation de la lumière des astres en astrophysique a été fournie par la collaboration EHT qui a obtenu des renseignements sur les champs magnétiques associés au trou noir supermassif M87* et à son disque d’accrétion.

De la polarisation de la lumière des planètes à celles des comètes

Pas en reste, des astrophysiciens font savoir aujourd'hui via deux publications respectivement dans Nature Communications et Nature Astronomy qu'ils ont fait des découvertes intéressantes sur la composition et l'origine de la fameuse comète interstellaire 2I/Borisov, qui avait été identifiée par l'astronome amateur Gennady Borisov en août 2019. Elles proviennent de l'analyse de données qui ont été collectées à l'aide du Very Large Telescope de l'Observatoire européen austral (le VLT de l'ESO) et de l'Atacama Large Millimeter/submillimeter Array (Alma), un autre instrument de l'ESO. Dans le premier cas, ces informations ont été obtenues par polarimétrie justement, c'est-à-dire en étudiant la lumière polarisée émise par la surface de la comète.

De nouvelles observations réalisées à l'aide du Very Large Telescope de l'Observatoire européen austral (VLT de l'ESO) indiquent que la comète 2I/Borisov, qui n'est que le deuxième visiteur interstellaire détecté récemment dans notre Système solaire, est l'une des plus « pures » jamais observées. Cette vidéo résume les nouvelles découvertes sur ce mystérieux visiteur extraterrestre. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © European Southern Observatory (ESO)

Ce faisant, ces astrophysiciens se posent en dignes héritiers d'Arago puisque lui-même avait pavé le chemin en étudiant la polarisation de la lumière de la comète C/1819 N1 Tralles, en 1819, et celle de la comète de Halley, en 1835.

Ils profitaient également des travaux passés de leurs collègues qui avaient fait de même avec d'autres comètes. En l'occurrence, c'est la comparaison avec les polarisations obtenues concernant la comète C/1995 O1, alias la célébrissime Hale-Bopp, qui a été particulièrement intéressante. En effet, la polarisation de la lumière émise par 2I/Borisov différait de toutes celles des autres comètes à l'exception de celle de Hale-Bopp qui s'est avérée similaire.

Or, Hale-Bopp est une comète longue période et sa différence avec toutes ses cousines avait suggéré qu'elle n'était passée qu'une seule fois proche du Soleil il y a des milliers d'années. Sa composition aurait donc été que peu modifiée par le rayonnement et le vent solaire, en faisant un témoin particulièrement précieux de la matière primitive avant qu'elle ne s'effondre pour donner le disque protoplanétaire du Système solaire.

En suivant le même raisonnement, les astrophysiciens pensent que la comète interstellaire n'était jamais passée près d'une étoile avant de frôler le Soleil en 2019. Elle doit donc, elle aussi, garder la mémoire du nuag...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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