«West Side Story»: Steven Spielberg désespère de l'Amérique, en chantant

Jean-Michel Frodon - Slate FR - 07/12
Le remake de la comédie musicale d'il y a 60 ans retrouve le tonus du show de l'époque tout en procédant à de multiples ajustements, pour proposer une vision d'ensemble bien différente.

La seule question que suscite le film est: pourquoi? Pourquoi refaire un film, celui cosigné par le réalisateur Robert Wise et le chorégraphe Jerome Robbins d'après le musical éponyme, film qui occupe une place si incontestable et incontestée? Et pourquoi Spielberg?

On peut bien sûr songer à l'idée de tirer parti de la visibilité constante du spectacle sur scène avec les tournées mondiales d'un show qui n'a jamais cessé de triompher à Broadway lors de ses multiples reprises. On peut aussi supposer chez le réalisateur le goût de jouer en styliste cinéphile aux variations et notes en bas de page d'une œuvre de référence.

Mais, à assister aux 2h37 de la projection du West Side Story 2021 (la même durée que le film de 1961), il apparaît vite une motivation autrement significative.

L'histoire, qui décline le thème de Roméo et Juliette (devenus Tony et Maria) dans le New York de la fin des années 1950, n'a pas changé. Les chansons n'ont pas changé, même si légèrement réarrangées par David Newman à partir de la musique de Leonard Bernstein, et sans toucher aux paroles de Stephen Sondheim. De même, les chorégraphies ont été relookées par Justin Peck sans toucher à l'esprit de celles de Jerome Robbins.

Le travail d'orfèvre du scénariste

Tout le travail, très subtil, du scénariste et dramaturge Tony Kushner (à qui on doit, outre la pièce maje...
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