À la tête d'Enabel, Jean Van Wetter, qui a entamé en septembre dernier son deuxième mandat comme patron de l'Agence belge de développement, en est déjà à son cinquième ministre de tutelle, en la personne de Maxime Prévot. "J'ai travaillé dans des ONG et dans le secteur privé et quinze ans sur le terrain au Cambodge, en Chine et en Tanzanie. Je suis revenu en Belgique il y a huit ans avec une vision du monde qui avait complètement changé, la conviction que le centre de gravité allait tourner et que le rôle d'une coopération devait être beaucoup plus politique et géopolitique et pas juste de l'aide au développement", nous a-t-il expliqué à l'occasion d'un entretien accordé à La Libre.
Enabel, société anonyme de droit public qui emploie 2200 personnes, est active dans 21 pays, dont 18 Afrique. Elle évolue aujourd'hui dans un contexte difficile avec les coupes budgétaires de 25 % sur trois ans décidées par l'Arizona, confrontée à la nécessité de consacrer 2 % du PIB du pays à la défense face à la menace russe. "C'est un contexte challengeant mais c'est aussi une opportunité de se réinventer. Il faut admettre que le monde a changé", ajoute notre interlocuteur, partisan d'un "changement de paradigme" dans l'approche et le financement de la coopération. Et de préciser "Notre ministre de tutelle nous propose d'ailleurs de rebaptiser Enabel, non plus Agence belge de développement mais bien Agence belge de coopération internationale, ce qui reflète aussi l'idée que l'on n'est pas là uniquement pour travailler avec des pays pauvres mais dans des pays avec lesquels la Belgique veut avoir une relation stratégique". Ce qui est le cas par exemple de l'Ukraine.
Pour Jean Van Wetter, le deuxième mandat qu'il entame n'est pas comparable au premier. "Avant, Enabel était une agence d'exécution qui mettait en œuvre une stratégie pour le compte du ministère. Nous sommes aujourd'hui une agence qui crée, c'est une liberté prévue par la loi et un changement d'état d'esprit. Et une de mes fiertés est d'avoir transformé une organisation qui était auparavant une agence étatique vers une structure avec un mode de fonctionnement qui ressemble davantage à une entreprise qu'une organisation d'État. Nous avons des centres d'innovation, nous attirons des profils atypiques qui n'auraient pas postulé chez nous. Et la dimension européenne est omniprésente." Et de conclure : "Il y a au sein de la population et chez certains encore une mauvaise compréhension de ce que l'on fait : l'image que donne la coopération, c'est la charité et l'aide au développement. C'est pour cela que nous voulons nous rebaptiser "Agence belge de coopération internationale".
Que représente la coopération au développement en Belgique ?
La coopération au développement dans les pays partenaires, c'est un montant de 1,2 milliard par an avant les coupures budgétaires qui ont été annoncées par le gouvernement actuel, à savoir 25 % en moins étalé sur trois ans. Cette année, cela va déjà diminuer de 8,8 %, puis 17 % l'année prochaine et -25 % d'ici 2027. Le budget global de la coopération belge est au total de 2 milliards mais une partie va à Fedasil et à l'accueil des réfugiés. Dans la coopération au développement, il y a quatre canaux : la coopération bilatérale pays par pays qui est mise en œuvre à 100 % par Enabel, la coopération multilatérale (NdlR : dans le cadre des Nations Unies, de la Banque Mondiale et du soutien aux institutions internationales), le financement des ONG belges qui ont des contrats-cadres avec l'État belge (Handicap International, Médecins du Monde…) et enfin l'aide humanitaire pour faire face à des situations d'urgence, soit au niveau national ou international.
Cette annonce des coupes budgétaires annoncées par l'Arizona, c'est un coup dur ?
D'une certaine manière, nous avons anticipé cette coupure budgétaire. On a mis en place une nouvelle stratégie "Act for Impact" avec l'idée de créer un effet de levier au départ de l'investissement que réalise la Belgique dans Enabel pour aller chercher d'autres fonds, notamment des fonds européens, venant de fondations internationales comme celle de Bill Gates ou provenant d'autres gouvernements. Le budget d'Enabel sera de 400 millions cette année, dont 220 millions proviennent de l'État belge. Nous avons diversifié nos sources de financement. Nous avons, par exemple, commencé il y a d...
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