L'histoire de l'Alhambra, forteresse de la foi

National Geographic - 12/04
Promenade dans les coulisses de l'Alhambra, l’extraordinaire cité palatine du dernier royaume musulman d’Espagne.

Des liens étroits unissent Jesús Bermúdez à l’Alhambra. Né dans la forteresse perchée sur une imposante colline à Grenade, en Espagne, il a grandi dans l’enceinte de ces palais. Lorsque, en 1942, son père est devenu directeur du musée de l’Alhambra, la famille a emménagé dans une maison sur le site. De cette enfance bercée par les légendes et l’histoire du monument, il a hérité une dévotion durable pour l’endroit. Et depuis près de quarante ans maintenant, il est conservateur du patrimoine archéologique de ce joyau du règne musulman de près de huit siècles dans la péninsule Ibérique.

S’il déambule avec l’aisance d’un maître des lieux, Jesús Bermúdez affiche encore l’émerveillement de celui qui le découvrirait pour la première fois. Auteur du guide L’Alhambra et le Généralife, il est la personne idéale avec qui découvrir l’envers du décor. Partant de la porte de la Justice, la plus grande des quatre entrées de l’Alhambra, nous parcourons les cours et les tours emblématiques, mais aussi des recoins que peu de visiteurs sont autorisés à voir. Les chercheurs continuent de sonder les profondeurs de la forteresse, où coexistent fouilles et restaurations : en témoigne la renaissance d’une de ses oeuvres d’art les plus énigmatiques (voir page suivante), après quasi vingt ans de travaux.

« L’Alhambra est avant tout une cité palatine, souligne Jesús Bermúdez. C’était la résidence du chef d’État, avec des quartiers pour l’armée et la cour, et un ensemble de palais construits sur deux siècles et demi. » Au cours de cette période, le monument est passé de l’Alcazaba, la citadelle originelle bâtie par Mohammed Ier à partir de 1238, aux somptueux palais plus tardifs de la dynastie nasride. Une lignée de sultans de la famille Nasr y régna jusqu’en 1492, quand cet ultime bastion musulman dans la péninsule fut renversé par la monarchie espagnole, unifiée grâce au mariage d’Isabelle la Catholique, reine de Castille, et de Ferdinand II d’Aragon.

L’émirat de Grenade, que les Nasrides gouvernèrent pendant 254 ans, s’étendait bien au-delà de la ville elle-même. Cette région de l’actuelle Andalousie « était figée dans le temps et perpétuait une société féodale isolée dans une oasis idyllique », raconte Jesús Bermúdez. Pourtant, le royaume a laissé en héritage un monument considéré comme le summum de la beauté et du raffinement architectural d’Al-Andalus, ainsi que s’appelaient les territoires de la péninsule Ibérique et du sud de la France actuelle conquis à un moment ou à un autre par les musulmans.

Après la chute de Grenade, des gouverneurs catholiques se succédèrent à la tête de la forteresse jusqu’au début du xixe siècle et à son occupation par les troupes napoléoniennes. Lesquelles la dévastèrent à leur départ. La Couronne espagnole la céda f...
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