On ne pourra pas relever les défis du XXIe siècle sans la technologie, mais il est difficile de prendre au sérieux un « technosolutionnisme » béat sans une certaine dose de décroissance, ce qui implique des choix. Doit-on alors se lancer sur plus de 50 ans dans le projet de FCC (Future Circular Collider) du Cern, alors que la construction de ce géant semblerait s’accompagner pour certains de conséquences coûteuses et délétères pour l’environnement, en plus d’être un projet énergivore ? La question se pose d’autant plus si l’on considère que les retombées scientifiques sont incertaines. Mais tout ceci est-il bien exact ?

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    On se souvient que le 25 février 2025, une tribune signée par plus de 400 scientifiques a été publiée par le journal Libération, faisant un certain bruit. On peut trouver son contenu en accès libre avec la liste de ses signataires sur le site de Scientifiques en rébellion. Étant donné les contraintes et défis sur l'énergie, les matériaux, l'environnement, le climatclimat et la biodiversitébiodiversité et même l'économie mondiale déjà présents et qui vont devenir de plus en plus importants dans les 50 prochaines années, on peut très légitimement se demander si le projet de la constructionconstruction d'un collisionneur géant de particules envisagé et étudié par le Cern depuis quelques années est bien raisonnable. Ne faudrait-il pas rediriger l'argent et les matériaux pour sa construction vers des objectifs en accord avec l'urgence écologique ?

    Le Future Circular Collider ou FCC, qui prendrait place dans un tunnel circulaire de presque 90 kilomètres de circonférence, devait coûter au moins 15 milliards d'euros dans la première phase de sa construction. Elle verrait la mise en place, dans le tunnel passant de 200 à 400 mètres de profondeur sous le lac Léman et le Rhône, d'un collisionneur d'électrons et d'antiélectrons (des positrons) dans un premier temps, le FCC ee.

    Dans un second temps, et après une phase d'exploitation d'environ 15 ans à partir des années 2040, il serait démantelé pour permettre de construire un collisionneur d'hadronshadrons, en l'occurrence des protonsprotons, le FCC hh.

    Ses données scientifiques commenceraient à être disponibles à l'horizon des années 2070 pendant 25 ans, portant le coût du FCC à au moins 30 milliards d'euros. Le LHC à haute luminositéLHC à haute luminosité, le HL-LHC, serait lui arrêté vers 2040.

    C'est basiquement le même programme et modus operandi que l'on a vu en œuvre avec d'abord la construction et l'exploitation du LEP (de l'anglais Large Electron Positron collider) dans le tunnel de 27 kilomètres de circonférence où prendra place ensuite le LHC.

    On en donnera les raisons plus loin dans cet article.

    Le Cern rappelle que le projet scientifique du LHC a été présenté en 1984, qu'il a fallu 10 ans pour que le projet soit approuvé, puis 25 ans pour que les aimantsaimants supraconducteurssupraconducteurs l'équipant soient développés et installés. Il donne précisément le calendrier suivant pour le projet qui attend encore une décision.

    • 2025 : achèvement de l'étude de faisabilité du FCC.
    • Aux environs de 2027-2028 : décision des États membres du Cern et des partenaires internationaux.
    • Décennie 2030 : début de la construction.
    • Milieu de la décennie 2040 : le FCC ee entre en service pour une duréedurée d'environ 15 ans.
    • Décennie 2070 : le FCC hh entre en service, pour une durée d'environ 25 ans.
    Une présentation du futur collisionneur circulaire européen, le FCC, et certaines des motivations pour le construire. Traduction et sous-titrages en cliquant sur la roue dentée en bas à droite de l'écran. © Cern

    Or, les ingénieurs savent bien que s'applique parfois « la règle du facteur pipi », c'est-à-dire qu'entre le coût prévu pour un projet ou son temps d'exécution, un facteur multiplicatif ...
    [Courte citation de 8% de l'article original]