Images de l'épave du Titanic, un siècle après son naufrage

National Geographic - 26/03
Plus d'un siècle après son naufrage le 15 avril 1912, la célèbre épave nous apparaît sous un jour nouveau grâce aux nouvelles technologies.

L'épave sommeille dans les profondeurs, conglomérat d'acier corrodé disséminé sur plusieurs centaines d'hectares dans les fonds marins de l'Atlantique Nord. Des champignons grignotent la carcasse. De curieuses formes de vie incolores, insensibles à la pression écrasante, parcourent ses remparts rongés. Depuis la découverte de l'épave en 1985 par les explorateurs Robert Ballard et Jean-Louis Michel, il est arrivé qu'un robot ou qu'un navire submersible balayent les parois lugubres du Titanic, envoient un faisceau sonar dans sa direction, prennent quelques photos puis repartent.

Ces dernières années, des explorateurs comme James Cameron et Paul-Henry Nargeolet nous sont revenus avec des images de plus en plus précises de l'épave. Pour autant, c'est comme si nous l'apercevions à travers un trou de serrure, limités par le pont flottant dans les eaux et l'étendue des faisceaux d'un sous-marin. Nous ne sommes jamais parvenus à saisir les relations qui unissent les pièces hétéroclites du navire, ni à appréhender les coulisses de ce naufrage dans son intégralité.

C'est désormais possible. Sur un terrain de l'Institut océanographique de Woods Hole, à bord d'une remorque sophistiquée, William Lange se tient au côté d'une carte agrandie du Titanic, une mosaïque dont la reconstitution minutieuse a pris des mois. Au premier abord, l'image fantomatique semble représenter l'image de la lune : le fond marin est marqué d'innombrables stries ainsi que de cratères formés par des rochers que des icebergs en fonte déposent depuis des millénaires.

En y regardant de plus près, le site semble jonché de déchets laissés par l'homme — un agglomérat de lignes et de sphères, de ferraille et d'éclats dignes d'un tableau de Jackson Pollock. William Lange se tourne vers son ordinateur et désigne une zone sur la carte, générée grâce à la superposition de données optiques sur l'image du sonar. Il zoome sur cette partie, encore et encore. La proue du Titanic apparaît alors sous un filtre granuleux, de même qu'un trou noir béant où surgissait autrefois sa cheminée avant ainsi qu'un panneau d'écoutille, abandonné dans la boue à une centaine de mètres au nord. L'image présente de nombreux détails : on distingue un crabe blanc claudiquant sur une rambarde.

L'épave entière du Titanic, ses poteaux, ses bossoirs, ses chaudières, se trouvent désormais à portée d'une souris d'ordinateur. Ce déluge autrefois indéchiffrable est devenu la photographie de la scène d'un accident en haute résolution, dont les composantes se distinguent très clairement dans l'obscurité. « Nous savons désormais où chaque chose se trouve », explique William Lange. « Les projecteurs s'allument enfin, un siècle plus tard. »

Bill Lange dirige le laboratoire d'imagerie et de visualisation de l'Institut océanographique de Woods Hole, sorte de studio photographique de pointe des profondeurs. À quelques pâtés de maisons du port pittoresque de Woods Hole, au sud-ouest de la péninsule du Cap Cod, ce laboratoire ressemble à une caverne faite de panneaux acoustiques remplie de téléviseurs haute définition et d'ordinateurs vrombissants. Bill Lange a participé à la première expédition de Ballard, à l'origine de la découverte de l'épave. Depuis, il n'a cessé de sonder le site à l'aide de caméras de plus en plus sophistiquées.

Ces images sont le résultat d'une ambitieuse expédition de plusieurs millions de dollars entreprise d'août à septembre 2010. Trois véhicules robotisés de pointe les ont capturées, survolant les abysses à différentes altitudes, via de longs itinéraires préprogrammés. Munis d'une multitude de sonars multi-faisceaux à balayage latéral ainsi que de caméras optiques haute définition, ces robots ont « tondu la pelouse », effectuant des allers et retours sur une parcelle de cinq à huit kilomètres sur le plancher océanique. Ces données ont été assemblées de façon numérique jusqu'à créer une image haute définition immense où chaque élément a été quadrillé et géolocalisé avec précision.

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