À l'occasion des 20 ans de Futura, Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), s'associe à la rédaction pour vous proposer, tout au long de cette journée spéciale, des sujets qui font débat. Celui de la transition énergétique, par exemple. La crise climatique frappe en effet à notre porte. Après l'été que nous venons de vivre, elle semble même sur le point... de l'enfoncer. Alors il y a urgence. Urgence à s'engager dans cette fameuse transition qui, nous le promet-on, nous préservera des pires effets du réchauffement climatique. Comment ? La question n'est pas simple. Mais quelques experts ont accepté de guider notre réflexion.
Transition énergétique. C'est le nom que l'on donne depuis quelques années maintenant à ce mouvement qui nous entraîne vers une modification de nos modes de production et donc aussi de nos habitudes de consommation de l'énergie. Le tout pour répondre notamment à de nouvelles exigences environnementales. Et, avec en toile de fond, la lutte contre le réchauffement climatique. Demain sera « zéro émission nette » ou ne sera pas.
« Nous vivons dans un monde où l'injonction est reine. Prenons l'exemple des transports. Les politiques nous ont fixé pour objectif le bannissement des moteurs thermiques à l'horizon 2035. Sans même se demander si cet objectif était seulement atteignable. Sans en mesurer les coûts ou les impacts. Et en vue de la date butoir, si l'objectif n'est pas atteint, ils n'hésiteront pas en fixer un nouveau, plus élevé encore. Parce que, quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limite. Vous imaginez une entreprise procéder de la sorte ? », nous questionne Olivier Appert, membre de l'Académie des Technologies, juste avant de nous rappeler que « l'une des caractéristiques fondamentales du système énergétique, c'est qu'il évolue lentement. Avec des installations de production d'électricité dont la durée de vie est d'une cinquantaine d'années ou un taux de renouvellement des équipements dans le résidentiel d'environ 1 à 2 % par an. » Mais comment cette inertie structurelle peut-elle trouver son chemin dans le contexte d'urgence climatique que nous vivons actuellement ?
« Il me semble que nous devrions aborder la question sous l'angle de la décarbonation de la consommation. Prenez le chauffage résidentiel, par exemple. Des solutions existent. Et s'il y a urgence, il faut leur donner la priorité », réclame Yves Bamberger, membre fondateur de l'Académie des Technologies et ancien directeur de la R&D chez EDF. Un clin d'œil totalement assumé à la nouvelle réglementation thermique du bâtiment qui, en France, continue d'encourager le recours au gaz fossile. « Décarboner les consommations, cela veut avant tout dire électrifier. Surtout dans un pays où l'électricité -- encore à 75 % d'origine nucléaire à ce jour -- est déjà largement décarbonée. »
Car, contrairement aux idées reçues, la France est assez loin du « pays du nucléaire et des radiateurs grille-pains ». Dans notre pays, la première énergie de chauffage... c'est le gaz ! Même au niveau européen, on pourrait imaginer qu'il existerait une volonté de diminuer les consommations de cette énergie fossile -- responsable de 20 % de nos émissions de gaz à effet de serre en France. Pourtant, dans la stratégie à l'horizon 2050, « le gaz joue un rôle clé » pour remplacer le charbon dans la production d'électricité et pour le chauffage résidentiel.
Alors bien sûr, tous s'accordent à dire que nous allons devoir, en parallèle, à la fois réduire nos consommations et améliorer notre efficacité énergétique. La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) prévoit ainsi de diviser notre consommation par deux d'ici 2050. « Je me méfie du terme de sobriété énergétique qui fleure bon l'idéologie ...
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