Lors d’un récent voyage en Guadeloupe, j’ai pu constater que la dépendance alimentaire de cette île était considérable : elle achète 80 % de sa nourriture, comme la plupart des DOM-TOM. Tous les politiques locaux réclament des mesures fortes pour corriger cet état de fait. Parler d’autonomie alimentaire est évidemment irréaliste, mais on peut néanmoins faire mieux ! Comme on l'a vu dans l’article sur « l'alimentation mondiale », les solutions extrêmes sont presque toujours irréalistes ou néfastes, mais faire évoluer une situation intrinsèquement déséquilibrée reste éminemment souhaitable.

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    Comme, on l'a vu dans notre précédent article « Derrière votre pain et votre riz, une poignée de pays tient les rênes de l’alimentation mondiale », actuellement 80 % de la nourriture des Guadeloupéens est importée à prix d'or, quasiment entièrement de la métropole située à 7 000 kilomètres. Il faut impérativement progresser en recherchant les meilleurs moyens de doper l'agriculture et l'élevage locaux. Voyons ce qui est possible.

    La Guadeloupe peut progresser vers l'autonomie

    Si on divise le nombre de terres cultivables par la population mondiale, il nous reste environ 0,2 hectare par terrien ; il faut donc impérativement arriver à se nourrir à cinq par hectare, et bientôt six (contre « seulement deux » dans les années 1960) !

    La Guadeloupe est densément peuplée : elle compte 380 000 habitants qui accueillent chaque année 1,2 million de touristes. Même avec une excellente productivité, elle ne possède tout simplement pas les environ 100 000 hectares agricoles qui lui seraient nécessaires pour qu'elle puisse se nourrir.

    En 1960, si on divisait la population mondiale par la surface agricole utile, on trouvait qu’il fallait se nourrir à deux sur chaque hectare (soit sortir 2 000 repas de ce champ !). C’était le bon temps : la population n’a cessé d’augmenter, mais pas la surface agricole (le défrichage accéléré de la forêt vierge est entièrement compensé par l’urbanisation croissante), et maintenant il faut sortir 5 000 repas de ce champ ! © Bruno Parmentier, tous droits réservés

    Une île très urbanisée

    Car, si elle est relativement étendue, sur 163 000 hectares, la Guadeloupe est très urbanisée, avec un habitat très dispersé et consommateur de surfaces, et il faut en plus déduire les 80 000 hectares boisés, dont 17 000 hectares du parc national du volcan de la Soufrière.

    Au total, il ne reste pas beaucoup de place disponible pour faire de l'agriculture : d'après le ministère de l'Agriculture (Agreste 2023) il n'y avait que 31 210 hectares de superficie agricole répartie entre 7 254 petites exploitations agricoles (en moyenne 4,4 hectares par exploitation). À peine le tiers de ce qui serait nécessaire, et...
    [Courte citation de 8% de l'article original]