De quels pays étaient arrachés les esclaves du commerce triangulaire ?

National Geographic - 08/03
Des scientifiques ont créé une carte inédite à partir d’isotopes de strontium. Ces signatures sont les clés qui ouvriront aux descendants d'esclaves les portes de leurs origines.

« Qui étaient mes ancêtres ? » C’est une question qui a hanté Andre Kearns aussi longtemps qu’il s'en souvienne. Il se rappelle encore de son devoir d’école élémentaire : colorier une carte de la ville de New York selon les différentes enclaves ethniques qui existaient au tournant du 20e siècle. Lorsque Andre Kearns a commencé à colorier un quartier à population noire, son professeur lui a demandé de se concentrer sur les populations issues de l’immigration irlandaise, grecque et italienne. Perplexe, mais tout de même curieux, il reconnaît à présent que ce moment a marqué le début de son désir d’en apprendre davantage sur sa lignée.

Depuis lors, Andre Kearns est devenu l’un des rares Noirs-Américains parvenu à retracer ses origines jusqu’aux débuts du commerce triangulaire. En jonglant entre documents publics et tests ADN, il a découvert qu’il était un descendant d'Emmanuel et de Joan Cumbo, des esclaves venus d’Angola qui ont débarqué sur les plages de Virginie en 1628. Leur fils a gagné sa liberté plus de trente-cinq ans plus tard. Selon Andre Kearns, c’est sa persévérance qui lui a permis de remonter aussi loin dans sa généalogie, mais il a aussi eu de la chance.

« Étant donné qu’ils étaient libres depuis le 17e siècle, ils apparaissaient dans les dossiers fiscaux, judiciaires et étaient également recensés », explique Andre Kearns. Cependant, pour le côté de sa famille qui avait encore le statut d'esclaves, avant d’être finalement émancipés, c’est une autre histoire. « J’ai déjà remonté quatre générations et je suis encore loin de trouver un manifeste de navire. »

Andre Kearns n’est pas le seul dans ce cas. Retracer la route de ses ancêtres esclaves est incroyablement compliqué pour leurs descendants. Les traces écrites sont rares et même si les tests génétiques peuvent connecter un individu à de larges zones géographiques ou déterrer de nouveaux liens familiaux, ils ne peuvent dévoiler les lieux où ces ancêtres sont nés et ont grandi.

Un métal lourd, le strontium, pourrait aider à révéler au grand jour ces origines ancestrales. Les isotopes du strontium sont des dérivés de cet élément, avec des signatures chimiques différente...
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