Les conditions de la dépendance selon Harold Innis

Martin Pâquet, Érick Duchesne - Le Devoir - 15/02
L’économiste historien Harold Innis sait que les Canadiens ne peuvent se soustraire au joug du présent.

Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

La question des tarifs, dont la récente offensive lancée par Donald Trump constitue la dernière manifestation, est au cœur de l’histoire économique au Canada. Harold Innis, l’un des principaux penseurs canadiens de la première moitié du XXe siècle, s’est penché sur cet enjeu aux ramifications profondes. En ces temps présents, que pouvons-nous retenir de son enseignement ?

Né en 1894, Harold Innis s’enrôle au cours de la Première Guerre mondiale où il est blessé à Vimy. Après sa démobilisation, il obtient en 1920 un doctorat en économie politique à l’Université de Chicago, puis rejoint l’Université de Toronto. À une époque où la modélisation déductive domine l’économie, Innis se distingue par sa méfiance envers la spéculation abstraite.

Homme de terrain attaché au service public, il se qualifie lui-même de « sale économiste », pratiquant l’observation minutieuse des réalités économiques et le travail en archives. Cet intérêt pour l’établissement des faits empiriques et l’analyse historique des données qui en sont tirées enfante des études innovantes et solides. Dans The Fur Trade in Canada paru en 1930, puis dans The Cod Fisheries en 1942, il propose la thèse dite des principales ressources, mieux con...
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