Cet article est issu du magazine Les Indispensables de Sciences et Avenir n°192 daté janvier/février 2018.
Voici une histoire que beaucoup croient connaître mais dont on ne perçoit souvent que l’écume. Bien peu de chercheurs considèrent en effet les Mille et Une Nuits autrement que comme de fades adaptations de contes rabâchés - Sindbad le marin, Ali Baba et les quarante voleurs… - véhiculant l’image d’un Moyen Âge oriental frelaté. Et pourtant, c’est bien connu, les contes en disent toujours plus qu’ils n’en ont l’air.
L’infortune de ce recueil est qu’il a toujours souffert du picorage de ses lecteurs. Ces derniers visitent l’impressionnante somme avec paresse, prélevant ici ou là les histoires les plus croustillantes ou les plus connues. "Or c’est un ouvrage qui a sa cohérence, où les contes se répondent, où les personnages apparaissent et disparaissent, où les histoires que l’on croit finies reprennent des centaines de pages plus loin", expose André Miquel, ancien titulaire de la chaire de langue et littérature arabes classiques au Collège de France et dernier traducteur des Mille et Une Nuits dans la Pléiade. Son regret : mal lu, l’ouvrage est également peu étudié.
Le fil rouge du recueil est mondialement connu : Shéhérazade. Elle est fille du vizir du roi Shahryar, qui vivait "dans l’antiquité du temps et le passé de l’âge et du moment" (les citations dans cet article sont tirées des Mille et Une Nuits traduite par Joseph Charles Mardrus en 2013). Un jour, Shahryar feint de partir en voyage, mais revient nuitamment en son palais… Il y surprend, participant à une véritable orgie, son épouse dans les bras de l’esclave noir Mas’ûd. Shahryar tue l’infidèle et décide de faire l’amour à une femme différente chaque nuit... avant de la supprimer à l’aube. Bientôt, il n’en reste plus que deux en son royaume : Doniazade et Shéhérazade, les filles de son vizir. "L’aînée, Shéhérazade, avait lu des livres, les annales, les légendes des rois anciens et les histoires des peuples passés". Ce sont ces récits qu’elle va conter au souverain pendant mille et une nuits… sans jamais les terminer. Certes, elle ne pourra repousser ses assauts, malgré la présence de sa soeur cadette. Mais au moins gardera-t-elle la vie sauve.
Que les Mille et Une Nuits nous renvoient au VIIIe siècle de notre ère ne fait aucun doute. "L’histoire de Shéhérazade, le "conte cadr...
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